Gel de printemps et lutte anti-gel à l’épreuve

 

2016 n’est certes pas 1991 mais l’épisode gélif de cette semaine a fortement endommagé les bourgeons. Les dégâts encore difficiles à évaluer seront de toute manière importants.

Par Philippe Guilbert

Après un sérieux coup de semonce lundi 18 avril ayant endommagé des vignes sur les aires AOP montlouis, t. Azay-le-R., t. noble joué et chinon, le gel est revenu en force mercredi, le thermomètre descendant d’un degré de plus (-3°C.) au lever du jour en milieu de semaine. De nombreux vignerons ont tenté de contrer la morsure du froid.

S’il est encore trop tôt pour évaluer les dégâts de cette seconde offensive, les vignerons ont en cette fin de semaine le cœur meurtri. « Ce gel arrive au plus mauvais moment déplore Fabrice Gasnier vigneron aguerri en matière de lutte anti-gel. Mais y a-t-il un bon moment se reprend-il aussitôt. Nos marchés sont porteurs, les cours sont bons et nous avons besoin de vin. » En milieu de semaine, comme d’autres, le vigneron de Chézelet avait déclenché son aspersion anti-gel déjà à quatre reprises. Ce mercredi il a démarré dès minuit quand son portable a affiché le texto du système d’alerte déclenché par la sonde du thermomètre humide installé en bord de Vienne près des parcelles protégeables. Le message indiquait un « mercure » venant tout juste de passer sous zéro, il était minuit. « A deux heures , nous avons allumé les bougies et lancé les tours à vent. Il faut attendre avant de connaître l’efficacité de la protection et l’ampleur des dégâts dans les parcelles non protégées, mais il est certain qu’il y aura de la casse en dehors des zones protégées. » De la casse dans des proportions importantes, tous la redoutaient ce mercredi matin. Jean-Martin Dutour pour Chinon parle d’une perte globale estimée à 50% et proche de 100% dans certains secteurs de plaine. Dans le ridellois, Quentin Bourse évoque une gelée noire, c’est à dire une masse d’air froid dense sur le commune Azay-le-Rideau où 90% des bourgeons seraient détruits. Les dégâts semblent moindre ailleurs. Alain Godeau président de l’AOP Touraine craint un pourcentage important de bourgeons détruits en pays sauvignon. Selon Xavier Frissant, le secteur de Cangey est manifestement le secteur le plus gelé de l’appellation touraine amboise. François Chidaine a Montlouis dont le vignoble a gelé le 18 assez fortement dans sa partie St Martin le Beau, ne dit pas autre chose pour le chenin. « J’estime le préjudice sur l’appellation entre 50 et 60%. » A Vouvray, Jean-Michel Pieaux réserve sa réponse et attend quelques jours avant de donner son évaluation. Dans le bourgueillois, Philippe Boucard, de nouveau président de l’AOP, a mis en ligne sur sa page Face Book les vidéos de ce désastre printanier, certaines parcelles avec 100%de pertes. « Si les vignobles de coteaux ont été relativement préservés, tout le vignoble de la terrasse de graviers est touchée. »
« Il ne s’agit pas d’un gel sporadique, mais bien d’un gel d’ampleur historique » précise Guillaume Lapaque animateur de l’appellation avec des minima localisés de -5°C. Les entreprises ont une trésorerie fragile et ceux qui ont opté pour l’assurance sont certes protégés contre la perte de récolte mais l’assurance ne couvre pas la perte de marchés. » Les responsables de l’appellation rappellent à ce propos une vieille revendication de la viticulture concernant l’imposition des stocks. « Si l’Etat nous imposait au moment de la vente du vin, nous pourrions constituer des stocks et ainsi s’assurer contre le gel en gardant du vin dans nos caves. »

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