Glyphosate : un retrait serait purement politique et infondé scientifiquement

Herbicide/ La profession se bat contre la décision politicienne de Nicolas Hulot, le ministre de l’environnement de voter contre le renouvellement du glyphosate.

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Le monde agricole se dresse contre la contre la position de Nicolas Hulot qui a indiqué que la France voterait « contre la ré-autorisation pour dix ans du glyphosate dans l’Union européenne en raison des incertitudes qui demeurent sur sa dangerosité« . « Les agences scientifiques européenne et française ont donné leur accord. Donc on est bien sur un aspect politique et plus sur un aspect scientifique« , déplorePhilippe Pinta, pour l’AGPB. Les organisations nationales s’expriment en termes diplomatiques mais la réalité de la situation est que le ministre (ou plutôt le militant ?) Nicolas Hulot s’est auto-proclamé expert et considère, de fait, que les positions des scientifiques des agences françaises, européennes ou d’autres pays de l’UE n’ont aucune valeur. « Pendant la campagne électorale, en dénonçant la suréglementation c’est ce que nous remettions en cause : des décisions franco-françaises basées sur positions partisanes, politiciennes nous fondées sur des éléments scientifiques. » s’insurge Dominique Malagu pour l’UDSEA.

 

Dans le jeu médiatique, il apparait que Nicolas Hulot ne pouvait pas faire moins que Ségolène Royal en 2016. Les JA, opposés à l’interdiction du glyphosate, ont expliqué que celle-ci ne serait une solution ni pour l’environnement ni pour la santé publique lors d’une rencontre le 4 septembre avec son cabinet ministériel. Céline Imart, vice-présidente des JA, rapporte que le ministère répond qu’il faut «donner un signal». Mais donner un signal pour un responsable politique n’a de sens que s’il y a des solutions alternatives. En l’occurrence, comme le démontre l’étude d’Arvalis, il n’y a pas de produit ou méthode alternative au glyphosate. C’est le retour au labour, travail du sol, avec les conséquences négatives, pourtant connues, sur le bilan carbone et l’érosion des sols. L’interdiction du glyphosate c’est aussi l’impasse pour les nouvelles formes d’agriculture avec couverture permanente du sol. Pour l’APAD, l’association pour la promotion d’une agriculture durable, l’annonce du ministre « a relancé une polémique emblématique du clivage des opinions sur les mutations de l’agriculture, et l’absence de consensus éclairé. Elle enfonce un peu plus les agriculteurs, économiquement et moralement. »

 

Les opposants indiquent que le CIRC avait classé ce produit comme « cancérogène probable » (C2) en 2015. Il faut noter que cette catégorie est très différente de la catégorie C1 « cancérogène certains ». De très nombreux produits se retrouvent dans ces catégories dont le café, la viande, la charcuterie. Pour le glyphosate, les organisations actives dans la lutte contre les OGM ont, habillement, réduit le débat au Roundup de Monsanto (qui n’en a plus le brevet) et aux OGM. Selon la méthode habituelle ils ont discrédité les experts qui ne vont pas leur sens. Pour le café, la viande, la charcuterie, l’opinion publique, qui utilise directement ces produits a rapidement fait la part des choses et les informations alarmistes n’ont eu qu’un effet réduit. Pour le glyphosate, les activistes ont produit une pétition en ligne sur toute l’Europe. La présentation de l’actions sur le site avaaz.org montre que c’était plus une action contre un modèle agricole et non pas pour éviter un réel problème de santé publique.

 

Interpellation des élus

Lorsque les experts indiquent qu’il y a un danger pour la santé qui motive le retrait d’une molécule le monde agricole ne s’y oppose pas. Dernier exemple, le retrait de l’isoproturon suite aux avis négatifs de l’ESFA. Dans le cas présent, il ne s’agit d’une prise de position pour satisfaire une partie de l’opinion publique d’un gouvernement en baisse de popularité. L’UDSEA a écrit aux parlementaires (1) en rappelant la réalité du dossier et l’impact économique, plus d’un milliards d’euros en cultures et vignes. Le syndicalisme leur demande d’intervenir pour infléchir la position du gouvernement et obtenir une décision européenne favorable. D’autres actions locales sont en cours. Dans tous les pays de l’UE les agriculteurs alertent leurs élus. La position dogmatique du gouvernement français ne doit pas conduire à une décision européenne infondée.

Que disent les scientifiques

En 2017, faute de position des pays membres, la  Commission  européenne  avait  voté  un  prolongement d’autorisation pour dix-huit mois (15 décembre 2017). Comme les opposants au renouvellement (dont le groupe socialiste au Parlement Européen) s’appuyaient sur la position du CIRC, Centre International de Recherche sur le Cancer, la commission a demandé aux experts d’analyser à nouveaux les données. La commission, s’appuie sur son rapport pour demander le renouvellement sur 10 ans (et non 15 ans).

ECHA : En 2017, l’agence Européenne des produits chimiques composée d’experts des différents pays européens a publié un rapport considérant que le glyphosate ne devait pas être classée cancérigène, mutagène ou reprotoxique. Elle a analysé le rapport du CIRC et d’autres données.

ANSES : En 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (France) a publié les résultats d’une saisine sur les dangers du glyphosate pour la santé humaine. En conclusion, elle ne validait pas l’analyse du CIRC mais, dans le délai impartit, estimait ne pas disposer de suffisamment d’élément pour se prononcer. Elle recommandait de s’appuyer sur le futur classement de l’ECHA. Elle indiquait qu’il était « peu probable » que le glyphosate ait un effet sur la perturbation endocrinienne, contrairement à ce que prétendait, la ministre de la santé, Marisol Touraine. L’Agence avait retiré l’AMM des produits à base de glyphosate contenant du POE-Tallowamine, un co-formulant jugé toxique.

ESFA : Fin 2015, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments a conclu qu’il était improbable que le glyphosate soit cancérigène, mutagène ou reprotoxique. Son évaluation a pris en compte le rapport du CIRC précédemment publié, ainsi qu’un certain nombre de données supplémentaires.

 

BfR : L’Agence d’évaluation sanitaire allemande avait conclu en 2015 au caractère non cancérigène de la substance active. Son nouveau rapport de mai 2017 évalue les dernières données scientifiques et conclu à nouveau à l’absence de classement cancérigène.

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