Madère et son réseau vertigineux de levadas

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Au milieu de l’Atlantique est sorti des océans par la volonté d’un volcan une ile nommée Madère, façonnée par la volonté des hommes. Un coin de paradis irrigué par un faisceau de veines d’eaux claires et chantantes, les lévadas, véritables Eden du randonneur. (à voir un diaporama et une vidéo).
Par Philippe Guilbert

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« Madeira » , le bois, c’est le mot qui est spontanément venu à l’esprit de João Gonçalves Zarco. Un jour de l’année 1418, avec quelques compagnons leur barque accoste sur le rivage de cette île escarpée, inhabitée dont l’impressionnant volcan est couvert par la forêt laurifère (1). Une forêt primaire, vestige de la végétation antédiluvienne qui prévalait jadis sur le continent. Un massif dense, conservé intacte par les 400 km d’océan séparant l’île du sud marocain . Et tandis qu’en France le règne de Charles VI «le fou » se termine en capilotade, les portugais amorcent la conquête d’un empire maritime planétaire en commençant par l’ile de Madère et sa petite sœur, Porto Santo ; véritables marches pieds de la future découverte de l’Amérique. Mais comment habiter une ile couverte de bois, sans espaces à cultiver, à pâturer? Les portugais ne font pas dans le détail, ils brûlent, mais le diable qui est là dans son élément les surpassent. Qui a déjà brûlé des lauriers sait que chaque morceau de ce bois lancé dans le feu est une torche en puissance. L’incendie infernal durera 7 ans…L’ile n’est plus que cendres ou presque. Un désastre ? Não tenho certeza ! (pas si sûr !) La pluie, la douceur permanente, le substrat volcanique fertilisé par le feu transforment l’ile en perle multicolore de l’océan.

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1500 km de levadas : ces petits canaux d’irrigation parcourant toute l’ile

S’il y a de l’eau, tout pousse à Madère et pour qu’il y en ait partout là où la culture est propice, les portugais s’attèlent à un chantier gigantesque pour la collecter, la guider et la distribuer. En 400 ans, ils sculptent une toile de 1500 km de rigoles, les levadas, destinées à capter les sources d’altitude. Suspendus à des cordes, les ouvriers ; des esclaves et des forçats ; s’éreintent au piolet. Les à pics, les rochers, rien n’arrête les chantiers, les levadas doivent passer coûte que coûte sans compter la sueur, la peur, les larmes et le sang.

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Du 16ème siècle jusque dans les années 1940, les hommes au péril de leur vie, construisent ponts et tunnels (40 km) dans des endroits improbables, pour que canaux et sentiers d’entretien tracent leurs routes. Creusées à flanc de montagne, les lévadas suivent les courbes de niveau avec une pente légère. Sur un même flanc de montagne, plusieurs lévadas peuvent se succéder à différents niveaux. Parcourues régulièrement par les levadeiros, les hommes chargés de leur entretien, elles le sont de plus en plus par des cohortes de vacanciers. La lévada est l’une des cartes de visites de Madère. Ce réseau exceptionnel offre aux touristes des randonnées à couper le souffle dont une grande partie est accessible à tous.

 

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Au fil des siècles, avec les cultures en terrasses irriguées, Madère a non seulement gagné rapidement son autosuffisance alimentaire mais s’y sont développées des cultures d’exportation ; les céréales, la canne à sucre, la banane, la pomme de terre et la vigne. Le vin de Madère promu par les anglais longtemps occupants, reste une ressource importante même si le tourisme est devenu au fil du temps la principale entrée de devises. Les balades de plusieurs heures traversent des forêts de lauriers, d’eucalyptus, de chênes et d’arbres inconnus. A chaque contour de versant ou presque, la végétation change selon son altitude et son exposition. Les botanistes estiment à 40% les espèces végétales endémiques. Géranium, rhododendrons, fushias, renoncules, impatiens… randonner à Madère c’est circuler chez un fleuriste- horticulteur tant la montagne, les landes et les jardins présentent une flore à la richesse insoupçonnée. La randonnée peut être mise à profit pour cueillir une « petite » salade de pissenlits.

 

20170501_165354 Oh un morceau de feuille suffit!

A Madère, le cousin de notre pissenlit mesure jusqu’à 2,40 m….
(1) La forêt laurifère de Madère est un vestige exceptionnel d’un type de forêt de lauriers autrefois largement répandu. C’est la plus grande forêt de lauriers qui subsiste. Primaire à environ 90 %, elle contient un ensemble unique de plantes et d’animaux.


Une île de Macronésie

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Non la Macronésie n’est pas une nouvelle danse ou une pensée politique récente (…), c’est le nom méconnu de ce grand archipel de l’Atlantique comprenant du nord vers le sud, les Açores puis Madère, les Canaries et les iles du Cap vert.
Pour aller à Madère Le voyage prend une petite demi-journée au départ de Nantes via Porto. Oubliez en atterrissant que la piste de l’île fut longtemps considérée comme l’une des plus périlleuses au monde, admirez là tranquillement durant l’approche, la piste est désormais aux normes internationales.

Moby Dick

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Moins tournée vers l’océan que leurs cousins des Açores, les madérois ont appris d’eux sur la tard, la technique de la chasse au cachalot. Le port de Canical a même servi de base arrière à l’équipe de tournage du fameux film Mobby Dick tiré du roman d’Herman Melville (1851) avec son obstiné Capitaine Achab immortalisé à l’écran par Grégory Peck (John Huston-1956).

Une vidéo d’une rando lévada qui décape

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