Une mécanique artistique décapante

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Un carrossier devenu sculpteur, voilà comment on pourrait définir Fernand Martin-Dumagny. Mais il y a beaucoup plus à dire de cet enfant d’Amboise et de ses créations peu conventionnelles.

Par Nadine Dumazet

Fernand, à peu près tout le monde le connaît à Amboise. On salue de toutes parts cette figure locale au caractère bien trempé, un homme attachant et joyeusement bavard. Ses parents ont ouvert la carrosserie Martin-Dumagny en 1930, c’est là qu’il a grandi, « on logeait sur place, 1 rue du Général Foy ». Un lieu où Fernand Martin-Dumagny n’habite plus mais où il passe une partie de ses journées. Il faut dire que l’endroit chargé d’histoire a conservé toute son âme et recèle des trésors d’un autre temps. Avant de dévoiler des talents de sculpteur, notre artiste a fait son apprentissage au garage et tenu la carrosserie familiale avec ses deux frères. Après sa mobilisation durant 28 mois en Algérie, son parcours professionnel l’amènera aussi à travailler dans le transport de vin, il tiendra un bar à Amboise pendant cinq ans… avant que l’heure de la retraite ne sonne en 1992.

L’art du recyclage

Après sa fermeture, le garage est resté « dans son jus », rempli de plusieurs tonnes de ferraille, principalement des pièces de voitures usagées. L’ancien carrossier se désole alors de devoir jeter toutes ces pièces, quand lui vient l’idée en 1998 d’en faire… des sculptures. Pistons, bielles, clignotants de 2CV, phares de DS, pompe à essence, freins à disque, arbres à came, tableaux de bord, couronnes de démarreur, cadres de vélo… tout a sa place dans les créations de Fernand. Certaines sculptures sont articulées, que chose rare le spectateur peut même activer. La plupart des sculptures représentant des personnages sont composées d’un tronc en tôle déformée, roulée et moulée pour former un corps. Cabine de peinture et postes de soudure du garage ont retrouvé une seconde jeunesse. Une fois l’idée en tête, l’ancien carrossier  met environ deux à trois semaines pour réaliser une statue. « Fabriquer ces pièces est un plaisir, et j’aime bien provoquer… ». Le ton est donné, ses créations sont en effet clairement caricaturales, dénonciatrices, un brin provocatrices. L’artiste grossit le trait pour faire mieux passer les messages. Les pièces sont le plus souvent très colorées, en écho à l’humour que son auteur y insuffle, et pourtant elles n’évoquent pas que des sujets joyeux ; les guerres notamment sont symbolisées dans les détails de différentes statues.

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Fernand ne vend pas ses œuvres, il ne leur donne pas de valeur marchande. « Dès qu’il y a un rapport d’argent, ça met de la distance, donc je ne veux pas », lance-t-il. Il en a donné certaines à des amis, à ses enfants. Il a exposé cette année à Civray-de-Touraine et deux fois à Chouzé-sur-Loire. Une grande partie de ses pièces est visible actuellement dans le parc du château de la Branchoire à Chambray-les-Tours jusqu’au 17 octobre.

Dénoncer avec humour

Histoire, politique, débats de société tels que le mariage pour tous ou la corrida… A 83 ans, Fernand n’en a pas fini de poser son regard sur les sujets se prêtant à la caricature. « Je m’inspire de l’actualité, des choses qui restent impunies, des injustices. Quand je lis le Canard enchaîné, il y a des choses qui m’énervent et ça me donne des idées. Par exemple, j’ai voulu représenter Hitler pour dénoncer la montée du Front National. Ils sont de la même veine, il ne faut pas oublier… » Le Führer est représenté en position de salut nazi avec un bec, des plumes et des griffes d’aigle, animal symbole de son parti, sali du sang des déportés. La présidence de George W. Bush a également inspiré Fernand. L’ancien président est mis en scène sur une chaise électrique, le monde à ses pieds, une main noire sur la joue, celle d’Obama, et tenant une pompe à gasoil. Parmi les autres symboles, les chaussures qui lui avaient été envoyées lors d’une conférence de presse en 2008, et sur sa cravate les bombes lâchées en Irak. Agenouillé devant lui, Nicolas Sarkozy (rolex et talonnettes pour preuves) tenant une balance de la justice pas très équilibrée, une scène inspirée d’un dessin de Cabu. Chaque sculpture est dotée de divers symboles et références. « Peu à peu, lorsque je les fabrique, je pense à des éléments supplémentaires et je les ajoute », explique Fernand.

La dernière création en date dépeint Donald Trump déguisé en shérif, imitant une statue de la liberté avec une couronne en berne et tenant un pistolet plutôt qu’une torche… Sur sa tête, une cheminée représentant la remise en route des mines de charbon. A travers cette œuvre, le sculpteur dénonce aussi le projet de mur entre les Etats-Unis et le Mexique, la chasse aux Mexicains et  la volonté de supprimer la sécurité sociale, « les médecins, la pharmacie, ce n’est pas pour les pauvres selon lui ! »

On sourit, parfois jaune, devant certaines pièces, mais c’est bien là le but de cet artiste populaire et engagé.

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