Glyphosate: Hulot, conciliant aux champs, intransigeant à Paris

En visite bucolique dans le Loir-et-Cher, le ministre a accepté une rencontre avec la FDSEA et JA41 à Montrichard pour un échange sans concession sur le glyphosate. Il maintient son imposture de lier crise sur les prix et utilisation des produits phyto.

Le 27 octobre à Couffy (41) les agriculteurs du Centre Val de Loire ont débattu avec le ministre d’ état Nicolas Hulot en charge de l’environnement du dossier du glyphosate dans un échange musclé .

A Montrichard (41) les responsables syndicaux locaux FDSEA et JA41 avaient organisé un blocage de rue pour inciter le ministre à venir répondre en direct aux agriculteurs. Sylvain Boiron, pour JA41 l’a interrogé sur l’incohérence gouvernementale entre une politique restrictive sur les phytos et l’ouverture non contrôlée via le CETA. Ensuite, les présents ont interpellé le ministre sur le glyphosate et la position des agences.


(Vidéo  Aude Richard)

Le ministre s’est déplaçé dans le Loir-et-Cher vendredi dernier. Après une visite dans les prés d’un élevage de chèvres et la promotion des MAE, la FDSEA, JA 41 et la chambre d’agriculture ont obtenu une rencontre à Montrichard. Le débat s’est poursuivi dans la rue avec les agriculteurs des syndicats locaux dont des Tourangeaux.

Interrogé sur le fondement de sa décision, suite à sa déclaration « on en sait assez pour interdire le glyphosate » qui est « on », les services de l’Etat ou les militants qui vous sont proches ? », le ministre ne pouvait répondre « les services de l’Etat », et pour cause : il récuse les conclusions de l’Anses. Il a fini pas indiquer « qu’il ne faisait pas confiance à certains scientifiques ! » Ces propos lourds d’accusation inquiètent le monde agricole (cf. AGPB) mais aussi les scientifiques, « si les agences ne servent à rien, autant les fermer et laisser les politiques décider seuls », expliquait un scientifique présent.

Pas d’illusions sur les volontés de N. Hulot

A Montrichard, le ministre déclarait « 3 ans et après on voit » à propos du glyphosate. Il concédait même « un peu plus s’il le faut » aux responsables FDSEA/JA. Il laisse ainsi espérer que s’il n’y  a pas de solution alternative au glyphosate, il ne serait pas dogmatique et qu’un renouvellement pourrait alors être envisageable .

Mais entre le ministre au champ et le ministre à la ville, les propos varient. La veille, le 25 octobre, en réponse à une question sur l’interdiction des pesticides de Delphine Batho, députée PS proche des ONG, il répondait « C’est un sujet de santé  dont dorénavant il faut en prendre acte, on ne le mettra plus sous le boisseau. Nous sommes sortis de l’idée que l’on réautorisait sans autre stratégie. Nous sommes maintenant dans une stratégie de fermeté, de rationalité pour organiser d’une manière progressive mais déterminée la sortie de l’utilisation des pesticides. » Il a réaffirmé que « le lien de causalité entre ces pratiques et la santé n’est plus à démontrer. Nous sommes dans un cas d’école du principe de précaution. Nous n’en faisons pas régulièrement usage, mais je pense que la France se grandirait, comme elle commence à le faire, en amenant l’Europe à se saisir véritablement de ce sujet avec un seul objectif : sortir de l’ensemble des substances, parce que, quand vous en interdisez trois, il y en a deux qui rentrent. Oui, il est important d’interdire des substances, mais le plus important est de changer les pratiques, de changer les comportements et de tout mettre en œuvre pour aider les agriculteurs à se saisir d’alternatives que l’INRA, notamment, possède déjà. A Montrichard, il disait comprendre que les alternatives n’étaient pas simples ! Mais alors, celles de l’INRA où sont-elles ?

Le 28 octobre Dans une interview au Monde le 28 octobre, il persistait. Selon lui, «le contexte n’a jamais été aussi favorable». Et d’ajouter: «Les agriculteurs voient bien aussi que si les crises se répètent, c’est que le système ne fonctionne pas. Pour peu qu’on ne les traite pas comme des coupables, mais comme des victimes, et qu’on les accompagne, ils sont ouverts au changement». Ainsi, Nicolas Hulot appelle à une mobilisation des outils de la Pac. Puis le ministre d’Etat conclut en rappelant que son ambition, «tant qu’il est à ce poste», est que «dans les trois domaines qu’il porte – l’agroécologie et le bio, les énergies renouvelables, l’économie sociale et solidaire -, ce qui est aujourd’hui l’exception devienne la norme

Pour Jean-Claude Robin, responsable UDSEA, « c’est de l’imposture de lier crise économique au prix et aux phytosanitaires. Le ministre sait bien, et les JA lui ont rappelé à Montrichard, qu’aucun gouvernement européen, y compris le sien, n’acceptera de fermer les frontières ; qu’aucun gouvernement n’obligera ses consommateurs à acheter des produits plus chers si d’autres moins chers sont disponibles. Les agriculteurs le savent d’expérience, à chaque fois que les normes se sont durcies, elles sont devenues une condition d’accès au marché, mais sans prix supplémentaire. »

Nicolas Hulot se qualifie lui-même de provocateur, mais décidément ce n’est pas un économiste. Le ministre de l’agriculture saura-t-il le faire comprendre au premier ministre et au président ?

Sur le front du glyphosate :

Aucune trace Génération écologie avait fait la une en octobre avec son enquête sur les traces (en deçà des LMR) de glyphosates sur une partie des lentilles et céréales de petit déjeuner. Anthony et Jean-Claude Quillet, pratiquant le semis sous couvert, se sont posé la question : « Et chez nous dans les parcelles avec 25 ans de glyphosate, qu’en est-il ? » Ils ont fait analyser leur récolte de maïs, blé et soja au laboratoire du Mans. Le verdict est celui attendu. Aucune trace de glyphosate. Comme l’expliquait Frédéric Thomas, lors de la conférence de presse à Montrichard, cela confirme l’intuition que les traces polémiques ne viennent pas des apports en interculture ou destruction du couvert au semis, mais d’applications pour accélérer la maturation des cultures (en Grande Bretagne et, peut-être, effets de la récolte tardive dans certaines régions françaises suite à la météo particulière de 2016). Sur ce point, la FNSEA partage la position du parlement européen qui est d’interdire une telle utilisation.

Fin du Basta F1 L’Anses a procédé au retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Basta F1, le seul produit à base de glufosinate autorisé en France. Avec le glyphosate, ce produit était le seul autre herbicide non sélectif autorisé en France. Il reste autorisé dans plusieurs autres pays européen. A Montrichard, les agriculteurs notaient, que le gouvernement et le ministre Hulot ne prenaient pas en compte les positions de l’Anses quand elle était septique sur l’analyse du CIRC sur le glyphosate. Par contre quand il s’agit d’interdire en France… Ce malgré les engagements du candidat Macron à ne pas sur-transposer  les règles européennes.

Colère AGPB, AGPM, FOP Les associations spécialisées dénoncent la gestion de ce dossier au sein du Gouvernement et de l’UE, sur fond de remise en question de l’ensemble des éléments scientifiques visant à décrédibiliser les agences sanitaires nationales, européennes et internationales. Cette situation est indigne, il est temps de retrouver un discours basé sur la science et non l’idéologie. Des solutions performantes et évaluées par nos agences sont progressivement remises en cause, voire interdites, les débats sur l’utilisation des nouvelles biotechnologies, l’utilisation des biocarburants font rage. Est-ce une volonté – à peine masquée – de condamner les grandes cultures ? Depuis le début des années 2000, 67 % des produits phytopharmaceutiques ont été retirés, et les pratiques agricoles ont considérablement évolué. Cette réponse idéologique est aujourd’hui d’autant plus incompréhensible pour un secteur dont la force provient de sa diversité, de son organisation en filières et de son intégration dans l’économie.

A travers les propos tenus par les pouvoirs publics, il apparaît clairement que l’innovation et la compétitivité, éléments essentiels dans le monde concurrentiel actuel, n’ont plus droit de cité. Aujourd’hui, tout semble s’orienter en faveur d’un modèle unique et bien théorique : « la petite exploitation approvisionnant le circuit local ». Cette approche revient à vouloir rafistoler un village agricole gaulois loin des routes de la croissance et du développement.


(Vidéo FDSEA du Cher)

Sur le même sujet : Agroécologie et glyphosate : « La France va passer à côté de l’essentiel ! », interview de Lucien Séguy, spécialiste des semis direct sur couverture végétale permanente.

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