Sodiaal accusée : Cash Investigation, c’est du bidon !

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Sodiaal/ Les informations sur Sodiaal de l’émission Cash Investigation du 16 janvier était inexactes. Pourtant depuis 6 mois la coopérative avait donné les éléments complets pour faciliter la compréhension.

Par Jean-Yves Chauveau

Cash Investigation ou plutôt Cash Désinformation? Lors de l’émission télé France 2 du mardi 16 janvier sur l’industrie laitière, Cash Investigation (Cash-) a mis en cause la coopérative Sodiaal. Dans l’article rédigé le 17 janvier et publié dans l’édition du 19 janvier, la rédaction de Terre de Touraine avait considéré que les informations sur les comptes Sodiaal étaient fiables. Ce, après avoir interrogé des éleveurs livreurs. L’information sur un « pactole caché » a donc été reprise. Mais « pan sur le bec », l’enquête complémentaire suite aux informations de Sodiaal à ses adhérents, connues seulement le 18 janvier, montre que Cash a préféré le spectacle à la rigueur journalistique…

Les 526 M€ de soi-disant «  trésor de guerre » sont le total de l’actif au bilan social de Sodiaal International (S.I.). Cela correspond  à des reports de bénéfices cumulés d’année en année mais aussi, à la valeur des parts que S.I. détient dans la marque Yoplait et dans d’autres filiales, filiales à 100 % ou non. Dans le monde économique, chacun sait que les valeurs des participations dans les filiales n’équivalent pas à une valeur réalisable. Il faudrait que S.I. vende ses parts dans Yoplait et autres filiales. Mais, même une mauvaise année, les coopérateurs ne vont pas vendre les marques qui écoulent leur lait !

Cash a voulu faire croire que le groupe conservait dans S.I. les bénéfices hors de portée des coopérateurs. Et que notamment, en 2016, le bénéfice de S.I. retourné aux coopérateurs était seulement de 3,5 millions d’euros. Sodiaal explique que les 51 millions d’euros pour 2016 correspondent aux dividendes des filiales où S.I. ne possède pas 100 % des parts (comme Yoplait). Mais S.I. consolide aussi le résultat d’autres filiales (pour l’essentiel contrôlées à 100 %) qui globalement étaient déficitaires (- 47,5 M€), d’où un résultat consolidé de 3,5 M€. Ce déficit concerne des filiales qui commercialisent les marques historiques de Sodiaal, mises à mal en 2016 par la forte concurrence, notamment allemande, et l’effondrement des cours.

Il y a d’autres filiales, comme « Liberté Marque » citée dans le reportage avec un dividende de 2 M€ et basée au Luxembourg (compromis avec le partenaire américain qui exigeait un siège aux USA). Le résultat global de ces autres filiales, de S.I. et de Sodial Union (la coopérative) est consolidé dans Sodial SA. Il était de 24 M€ en 2016 (32 M€ en 2015). Du fait du niveau exceptionnel de la crise, 25 millions d’euros ont été versés aux coopérateurs via un complément de prix de 4,6 €/1000 litres (3,5 €/1000 litres en 2015), dont 2,60 € en numéraire et 2 € en parts sociales.

En résumé, en 2016, les prix de Sodiaal n’étaient pas glorieux : prix toutes qualités confondues de 296 €/1000 L (+4,5 € de complément), mais similaires à ceux d’Agrial et de TerraLacta. A comparer à Tessier : 309 € ;  Verneuil : 307 € (Source Terre de Touraine du 14/07/2017.) Des prix en deçà des coûts de production, expliqués entres autres par la baisse des cours mondiaux, comme le témoignaient les éleveurs de Nouvelle-Zélande dans l’émission.

La large majorité des agriculteurs et éleveurs qui ont regardé l’émission l’ont trouvée « pas mal ». Cela changeait effectivement des émissions sur les produits phyto, où les utilisateurs que sont les agriculteurs et éleveurs sont agressés, et où le parti pris et la non objectivité « transpire à grosses gouttes ». Dans les gènes de Cash, pour « faire le buzz », il faut des « méchants » dans l’émission.

Pour ce faire en plus de Lactalis, Cash a voulu s’attaquer à Sodiaal.

Informations volontairement tronquées

Interrogé, Sodiaal explique que l’interview du président, Damien Lacombe (1), s’est réalisée en juillet 2017 sur plus d’une heure et demi. Les situations de filiales de coopératives sont complexes. Il était net que, le dossier de son équipe étant incomplet, Elise Lucet ne comprenait pas les explications (2). La coopérative a donc, envoyé, dans la foulée, une information détaillée à Cash.

Un journaliste, qui respecte la déontologie du métier, en aurait tenu compte, vérifié sa compréhension. Cash aurait pu croiser ses informations avec celles explicitées lors des assemblées de section de la coop. Les journalistes Ils auraient alors vu, au moins, qu’il y avait 24 M€ de distribué. Entre juillet 2017 et janvier 2018, la rédaction avait largement le temps de corriger. Mais non, volontairement, Cash n’a rien fait. Il aurait, en effet, fallu revoir totalement la séquence avec les bidons, refaire une bonne partie de l’émission et adopter un ton explicatif sur le commerce de masse des produits agricoles.

Cash a donc transformé l’interview en « interrogatoire » et tronqué les explications du président de la coopérative. Même sur l’explication quota A et B, Cash n’a pas eu l’honnêteté de dire que, suite aux augmentations de quotas décidées par l’UE en préliminaire à leur suppression, les coopérateurs ont choisi un formule 90 % quota A et 10 % quota B.  Pour ceux qui voulaient investir ils le faisaient « au risque du marché » avec un garde-fou : pas plus de 30 % de quota B. Mais Cash a encore, une fois, employé un ton condescendant et considéré que les éleveurs n’étaient pas capables de décider seuls, en leur qualité de chef d’entreprise, s’ils investissaient ou non.

Le 16 janvier, Elise Lucet savait que la partie de son émission sur Sodiaal n’était pas du journalisme. Cela explique peut-être, le ton conciliant de l’échange en direct, notamment avec la présidente de la FNSEA. En tout état de cause, beaucoup de téléspectateurs du monde agricole disent la même chose : « Pour les reportages où l’ou on l’on connait le dossier on s’aperçoit que le traitement à charge de cash ce n’est pas du sérieux. Cela amène à douter du crédit de l’information sur d’autres thèmes que l’on ne connait pas. »

Il faut maintenant que les autres journalistes, eux aussi, vérifient les allégations de Cash et ne se contentent pas de les relayer.

 

  • Damien Lacombe est éleveur dans l’Aveyron. C’est le fils de Raymond Lacombe, ancien président de la FNSEA.
  • Un article de Médiapart dit la même chose : Sensationnel mais Cash ne maîtrise pas les maths. « On peut être gêné par le sourire narquois de Lucet qui semble ne pas comprendre les explications de son interlocuteur. »

A lire aussi l’article très critique du site Médiapart «Cash Investigation» : Sensationnel mais Cash ne maîtrise pas les maths paru le jeudi 18 janvier 2018

media part

par Daniel Bonnéry

Dans l’enquête sur Sodiaal, un dialogue oppose la présentatrice Elise Lucet au président du conseil d’administration de Sodiaal. Elise Lucet pose les mauvaises questions et celui ci apporte les bonnes réponses pour défendre la coopérative. On peut être géné par le sourire narquois de Lucet qui semble ne pas comprendre les explications de son interlocuteur.

Avant l’entretien avec Damien Lacombe, Cash investigation fait un exposé clair des comptes consolidés de Sodiaal. Des questions se dégagent: Pourquoi Sodiaal a t’elle une filiale au Luxembourg ? Pourquoi Sodiaal International transforme une partie de ses bénéfices dans la case’report à nouveau’ plutôt que de le reverser à sodiaal union ? General Mills qui possède 51 pour cent de la filiale de Sodiaal Yoplait impose t’il à Sodiaal internation ce’report a nouveau’ ? Que penser des tarifs A et B d’achat de lait fixés par Sodiaal Union.

Sodiaal a t’il incité les producteurs de sa coopérative à s’endetter ? On s’imagine que l’interview du président du conseil d’administration sera l’occasion pour E. Lucet de répondre à ces questions. Lucet demande à Lacombe ou est l’argent? Lacombe tente une réponse: « nous essayons de solidifier notre socle de valorisation pour être moins sensibles aux fluctuations… » Ca va pas. Mots trop compliqués. Lucet le coupe alors qu’ils n’ont pas l’air pressés par le temps. Lacombe explique que la totalité des bénéfices est reversée aux adhérents. Lucet le questionne sur les bénéfices à nouveau: dites vous la vérité à vosadhérents. Lacombe répond que oui. Que les comptes consolidés sont publiés et clairs. Lucet le questionne enfin sur les 520 millions d’euros de report à nouveau, pour:

Lacombe explique : 520 millions d’euros c’est pour ‘renforcer le bilan de sodiaal c’est à dire la capacité de Sodiaal à investir dans l’intérêt de ses éleveurs justement pour améliorer la valorisation du lait dans la durée.

Lucet: Est ce que c’est vous qui prenez les décisions ou est ce que c’est General Mills.

Lacombe: General Mills est un partenaire dans une filiale qui valorise une partie du lait de sodiaal. C’est pas un producteur sodiaal qui dirige Sodiaal ce sont LES producteurs sodiaal et par délégation ils ont élu un conseil d’administration donc des éleveurs pour prendre des décisions d’orientation qui sont importantes pour eux donc c’est pas un éleveur, c’est l’ensemble des éleveurs qui le dirigent par délégation

Sur les prix A et les prix B, le président lui explique que ces prix ont été décidés par les producteurs. Que les prix B ont été instaurés pour protéger les producteurs qui ne souhaiteraient pas produire davantage. Que la perte est (prix A -340) x milliers de litres vendus au prix A – (prix B -340) x milliers de litres vendus au prix B, et non pas de (prix B -340) x milliers de litres vendus au prix B.

Le président réfute l’affirmation de Lucet pour dire que Sodiaal a incité ses adhérents à plus produire. Le président réfute qu’une majorité de producteurs est mécontent du système de prix B.

Tout au long du documentaire, le ton employé pour parler de Lacombe est désinvolte, ‘aucun mea culpa’du président de sodiaal, comme si la démonstration de Cash avait été sans faille, impartiale et implacable.

En fait, il y a toujours du boulot d’investigation à faire, parce que là on n’a pas d’éléments tangibles pour répondre aux questions suivantes:

– Qui est propriétaire de la maison mère Sodiaal ? Les adhérents ? Comment sont déterminées les quote parts ?

– Les producteurs sodiaal ont ils vraiment eu leur mot à dire sur la mise en place des prix A et B ?

– Sur quelle enquête Lucet s’appuie t’elle pour dire qu’une majorité d’adhérents sodiaal sont mécontents du systeme de prix A et B ? On se doute que la majorité est mécontente de voir les prix B si bas. Mais une majorité des adhérents veut ils vraiment remettre en cause le système de prix A et B ?

– La question des prets à reporter est elle une question importante lors des élections du conseil d’administration ? Quelle part des producteurs serait pour une redistribution de ces reports a nouveau ?

– Quelle part d’adhérents de Sodiaal se sont endettés pour produire plus et se voient contraindre de vendre partie de leur production au prix B ?

– Quel élément prète Lucet à penser que les Américains décident à Sodiaal, outre le fait qu’ils sont majoritaires dans une filiale et qu’ils sont américains ?

– Pour quelle raison Sodiaal a une filiale au luxembourg ? Cash investigation pose des questions pleines de présupposés non établis par des faits présentés dans le documentaire. Le système de coopérative repose sur l’élection par les adhérents des dirigeants. A moins d’enquêter sur ces élections, sur les propositions des différents candidats à ces élections, la participation,… on ne peut remettre en cause l’idée que les producteurs eux même sont à l’originie des choix comptables, et qu’une majorité des adhérents trouve son compte dans le système tel qu’il est. Cash n’a pas démontré que le contrôle de Sodiaal avait été pris par « des financiers ». D’autres documentaires de la même équipe ont été beaucoup plus convaincants (Lidl, Ikea…). Il est souvent révélateur et puissant de voir la gène de responsables mis devant l’évidence de mauvais agissements de leur organisation. Mais dans le cas ou l’évidence n’y est pas, il est génant de regarder les journalistes faire comme si ils avaient vaincu le méchant et utiliser des artefacts de mise en scène pour nous en convaincre.

 

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