Premier méthaniseur à bio-gaz liquide injecté

S’il faut neuf mois pour faire un veau, il a fallu six ans à un collectif d’éleveurs pour commencer à injecter leur biométhane dans un réseau « gaz de ville ».
Par Philippe Guilbert
Les premiers camions de gaz liquéfié ont commencé leur noria entre le méthaniseur de Savigny-sur-Braye (41) et le site d’injection de gaz de l’agglomération vendômoise. Un projet remarquable à deux titres : son ampleur et le recours à la technique de la liquéfaction du biométhane.
Ils sont une bonne trentaine d’éleveurs (34) du Loir-et-Cher à s’être regroupé pour donner naissance au méthaniseur géant conçu pour digérer 30 000 tonnes de matière fermentescibles et produire 13 millions de kWh/an.

Un projet de 7,2 M€ bouclé à l’issue d’un parcours de combattant, démarré en 2012 par une étude de faisabilité concluante, initiée par les membres de la Cuma Distri-Braye. Habitués à investir ensemble, les éleveurs laitiers ont constitué le noyau dur du projet. Des aviculteurs, des éleveurs de porcs les ont rejoints pour approvisionner le menu d’un digesteur fonctionnant sur le principe de l’infiniment mélangé. Mise au pot de chacun : 30 k€. Aux fumiers et lisiers sont ajoutés des issues de céréales, des marcs de pommes et de raisin. Pour pallier les étiages d’approvisionnement, le gisement, étudié par la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher, est complété par des cultures dédiées (- de 10 %), l’ensilage de maïs, des coupes de méteil et les regains.

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Le méthane épuré et liquéfié est ensuite acheminé par camion citerne jusqu’à la station de vaporisation injection de l’agglomération de Vendôme.

Faute d’avoir un débouché local pour valoriser la chaleur en système classique de co-génération, le projet Méthabraye a été orienté vers une technique novatrice en France : la liquéfaction du méthane après purification sous pression. Une première en France ouvrant le débouché vers la fourniture d’énergie à la ville voisine Vendôme à hauteur de 145 m3/heure. Plus de 10 millions de kWh/an seront transportés à 16 km du méthaniseur jusqu’au poste de détente-injection de Naveil à raison de dix livraisons par mois ; le solde était auto-consommé pour maintenir le méthaniseur à 37°C. L’énergie venant des élevages correspond à la consommation annuelle de 462 maisons. Le gaz vendu 110€/MegaW/pcs (1) va rapporter 1,3 M€/an dans le cadre d’un contrat de 15 ans avec l’opérateur Save. Au final, après intégration des consommations intermédiaires, « le bilan est donc largement positif avec 8 millions de kWh de solde énergétique » souligne Delphine Descamps, ingénieure et éleveuse sociétaire de la SAS. Pour réussir techniquement son projet, les 17 exploitations sociétaires de la SAS Méthabraye se sont entourées de spécialistes, le bureau d’étude Astrade et l’ingénieriste francilien Naskeo qui annonce une trentaine de méthaniseurs à son actif. Le méthaniseur Méthabraye doit atteindre sa puissance nominale courant juin. Outre la production d’énergie et les avantages connus de la méthanisation (2), les 34 sociétaires Méthabraye espèrent aussi attirer des jeunes dans le métier en rendant séduisantes des exploitations d’élevages en phase avec leur temps et dotées d’une nouvelle source de revenu.

  • Pouvoir calorifique supérieur
  • Désodorisation des lisiers, digestat fertilisant, réduction des volumes à épandre, accroissement de la capacité de stockage des effluents
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