Le sol un colossal puits de carbone

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La venue de Lucien Séguy est toujours un évènement sur la planète SCV. L’agronome maîtrise parfaitement les sciences de la pédologie et de la botanique et l’art d’en parler concrètement à des agriculteurs  captivés.

Par Philippe Guilbert

Ancien chercheur du Cirad, fils de paysan, Lucien Séguy s’est taillé une solide réputation à force d’observation et d’expérimentation sous toutes les latitudes durant un demi-siècle pour perfectionner l’agriculture de conservation, une agriculture écologiquement intensive où le sol n’est jamais nu, en permanence occupé à produire, en surface et sous la terre, de la matière organique.

(deux autres vidéos à suivre)
Venu à l’invitation de l’Apad Centre-Val de Loire à Montlouis au début du mois de juin, il a passionné son auditoire en expliquant, photos à l’appui, tous les bienfaits qu’apporte au sol cultivé la maîtrise du génie végétal.

Quelques jours après cette conférence d’une journée, Hervé Mauduit, l’un des organisateurs, a suivi à la lettre la consigne de Lucien. « Si tu penses que ça peut marcher… mais alors fait le, teste toi-même sur ta ferme ! » Tandis que son salarié triait des féveroles pour un semis de couvert multi-espèces dans le sillage de la moissonneuse, Hervé est allé lancer ses graines de soja dans les blés, un petit mois avant la moisson ; le lendemain il pleuvait. « Les sojas dans les blés ? Ils sont magnifiques » constate admiratif, l’ouvrier agricole. A l’automne Hervé expérimentera une autre technique, un semis de blé à la volée dans les sojas semés en plein au printemps, huit jours avant la chute de leurs feuilles. Tout cela sans aucun travail du sol avec un minimum de frais. Rendement attendu : 30 q/ha.

Il faut tout miser sur le couvert

 

Durant une journée, Lucien Séguy a ainsi montré aux agriculteurs présents, de multiples itinéraires qui défient tous les protocoles doctement appris et transmis à des générations d’agriculteurs. Son manuel du génial génie végétal en non labour innove, associe des cultures de rente aux couverts, mélange les graminées aux légumineuses. Les réseaux racinaires, pivots ou fasciculées de plantes judicieusement associées, explorent jusqu’à 1,50 m tous les horizons d’un sol régénéré par une vie intense. Les feuilles couvrent, protègent, limitent l’évaporation et contrôlent les adventices (avec si nécessaire l’appui de glyphosate).

L’eau s’infiltre, percole tandis que bactéries, champignons et entomofaune boulottent tout ce qui peut se grignoter. Parmi les dizaines d’exemples cités, Lucien Séguy raconte les bienfaits de la vesce. Une toute petite graine lancée dans un resemis de colza, qui supplante facilement quelques semaines plus tard ce tapis vert réputé infranchissable. Effet désherbant garanti. « C’est quasi impossible de rater un semis de vesce à la volée, c’est aussi très efficace pour combler des trous dans une luzerne ». Lucien ne perd jamais de vue le revenu de l’agriculteur et invite les exploitants à bousculer leurs habitudes pour sortir sur les chemins de traverse. Il raconte la décision de cette agricultrice qui, voyant l’horizon économique du blé bouché, décide de faire l’impasse et de tout semer en luzerne (irriguée). Résultat des courses, 26 tonnes de luzerne en six coupes « à 160 € la tonne », avec à sa porte les éleveurs du Massif central! Quand arrive le chapitre de la fertilisation, l’agronome rappelle toute la puissance du génie végétal. « Certaines plantes sont plus fortes que les autres et ont une capacité étonnante à produire de la biomasse. Ce sont les couverts qu’il faut cultiver, irriguer ; ce sont eux qui remontent quantité de fertilisants en surface. Une fois le garde-manger à portée de racines, la culture de rente, elle se débrouille très bien toute seule. Il faut tout miser sur le couvert. »

 

Au final, Lucien Séguy rappelle aussi le rôle majeur et méconnu que peut jouer l’agriculture de conservation dans le stockage du carbone. « Entre une tonne et 1,5 t par hectare et par an de carbone pris dans l’atmosphère et déposé dans le sol. Les agriculteurs ont de quoi intéresser les écolos affirme avec malice Lucien Séguy qui avoue avoir constaté un maximum de 2,2 t/ha/an de carbone captéL’agriculture en semis direct sous couvert permanent a la capacité de dédensifier rapidement l’atmosphère de son carbone en trop. Le sol est un puits de carbone colossal ».

 

 

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