Glyphosate: le faux procès!

Avec la condamnation de Monsanto en Californie il faut rappeler que toutes les agences internationales chargées de l’homologation, y compris l’Anses en France considèrent le classement du CIRC comme non fondé.

Par Jean-Yves Chauveau

table ronde sénatTable ronde au Sénat sur les produits phytosanitaires

Monsanto a été condamné par un tribunal de San Francisco, aux Etats-Unis, à verser une énorme somme à un jardinier américain. L’homme de 46 ans a attaqué en justice la compagnie, qu’il rend responsable de son cancer du système lymphatique, en phase terminale. Le jardinier professionnel a utilisé deux désherbants de Monsanto, le Round Up et le Ranger Pro, qui contiennent du glyphosate, pour son travail sur les terrains d’écoles, entre 2012 et 2014. Les 12 membres du jury ont rendu leur avis après quatre semaines de délibérations. Ils ont considéré que la compagnie avait « failli » à informer les utilisateurs des dangers potentiels, pour la santé humaine, liés à l’utilisation du Round Up et du Ranger Pro. L’entreprise va faire appel du jugement. Plus de 4 000 procédures similaires sont en cours contre la compagnie aux Etats-Unis, menée par des cabinets d’avocats « vautours ». Ces cabinets font de la publicité pour trouver des utilisateurs de Roundup qui ont, par ailleurs un cancer. Ils se rémunèrent en prélevant un fort pourcentage sur les éventuelles condamnations et disposent de moyens importants. Quelques plaintes similaires existent au Brésil et au moins une en France. La plaignante française, mise en avant dans le documentaire militant de Marie-Monique Robin, le « procès » de Monsanto, a un enfant avec de lourds problèmes de santé. Elle attribue la source de ce malheur au glyphosate (fabricant générique) car elle a utilisé ce désherbant pour son manège à chevaux, sans précaution, au tout début de sa grossesse en 2007, avant de savoir qu’elle était enceinte. A l’époque, il n’y avait pas de précaution d’emploi indiquée sur les bidons. Le jugement a provoqué de vives réactions dans l’Hexagone. Les opposants idéologiques au glyphosate ont profité de la torpeur estivale pour ressasser des contre-vérités ou des informations incomplètes, partisanes. Quasiment aucun média n’a décodé les habitudes des procès aux Etats Unis (lire ci-contre), et encore moins interrogé des scientifiques ou des toxicologues.

Pas de malade du glyphosate

Sur le procès californien, il faudra attendre la fin de la procédure judiciaire. La FNSEA a réagi (cf. édito page 2) en dénonçant « l’hystérie et à la surenchère politique ». Les professionnels de la communication, que sont les détracteurs du glyphosate, ont réussi à faire croire à une large majorité de Français qu’il y avait des personnes décédées suite à l’exposition au glyphosate. Cela peut être de simples consommateurs, comme une auditrice sur RTL le 22 août, mais aussi des membres du personnel politique tourangeau, pourtant réputés avoir un oeil critique, qui pensent qu’il y a des cas démontrés de cancer chez des agriculteurs français pour cause de glyphosate. Les raisons : les informations non vérifiées sur les réseaux sociaux, le manque de rigueur de journalistes militants qui transforment les problèmes de santé de l’agriculteur charentais lié au Lasso (fabriqué par Monsanto) en problème de glyphosate. La principale raison est la déformation volontaire de la réalité par une partie des responsables politiques, comme Yannick Jadot et Michèle Rivasi, députés européens (anciens responsables de Greenpeace) ; le premier affirmant que le glyphosate était utilisé en direct sur les cultures comme désherbant. Au Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron interpellé par un jeune agriculteur, se présentait en protecteur des agriculteurs et ouvriers agricoles et déclarait : « Le glyphosate, il n’y a aucun rapport qui dise que c’est innocent. Il y en a qui disent que c’est très dangereux et d’autres moyennement dangereux. » C’est l’illustration même des paroles des politiques qui déforment la réalité. Sur le 1er point, « aucun rapport ne dit que c’est innocent » : au sens littéral du terme, les agences internationales chargées d’évaluer l’utilisation du glyphosate ne disent pas que le glyphosate est « innocent ». En effet, elles le classent comme irritant pour les yeux. Par contre, elles indiquent toutes qu’il n’y a pas de caractère cancérogène. Sur le caractère cancérogène, les scientifiques disent soit que ce n’est « pas dangereux » ou « probablement dangereux ». Pas plus. Mais chacun à bien compris qu’en terme électoral, au vu du faible poids des utilisateurs professionnels du glyphosate, pour un responsable politique, mieux valait « aller dans le sens du vent » !

Anses : « Cancérogène probable, pas fondé »

Le 6 juin, une table ronde était organisée sur les produits phytosanitaires au Sénat dans le cadre de la loi EGA. Interrogé, Roger Genet, le directeur général de l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a déclaré : « avec l’ensemble des éléments dont nous disposons, nous avons suffisamment d’arguments pour lever l’incertitude et estimer que le caractère cancérigène probable avancé par le CIRC n’est pas fondé. » Le message est sans équivoque. Il n’a quasiment pas été relayé. Pourtant un journaliste, en mal de sensation, aurait pu titrer « Crise dans les instances de l’Etat. Le directeur de l’Anses en désaccord avec Nicolas Hulot ». Dans son intervention, Roger Genet, « insiste sur le dialogue. Nous parlons de questions qui ont été politisées et qui sont devenues des enjeux forts de société. L’agence a absolument besoin de créer une relation de confiance entre tous les acteurs de la société sur la façon dont ces risques sont évalués. Elle doit être fondée sur une totale transparence. » Il précise : « Je crois beaucoup à ce dialogue pour créer, non pas un consensus, mais une transparence et une confiance réciproque sur la façon dont l’évaluation des risques est conduite. » Mais force est de constater qu’une partie des responsables politiques font tout pour ne pas créer de climat de confiance et préfèrent les méthodes des « marchands de peur ». Ils craignent sans doute aussi que les Français, en écoutant les institutions chargées de l’expertise scientifique transparente, comprennent que c’est uniquement pour des raisons idéologiques et de tactiques politiciennes que le glyphosate est mis au ban de la société. Ce qui importe ce sont les faits Pour Dominique Malagu, président de l’UDSEA il ne s’agit pas défendre coûte que coûte les produits phytosanitaires. « Lorsqu’un produit est démontré avec un danger inacceptable, il doit être retiré de la production. Mais cette décision doit être prise par ceux à qui le législateur en a confié la mission, c’est-à-dire l’Anses ». Sur le glyphosate, il faut expliquer aux concitoyens que, contrairement à ce qui est relayé par le gouvernement et les médias, l’UE n’a pas décidé d’une interdiction dans 5 ans. Elle a décidé que le prochain examen sur la poursuite de l’autorisation se ferait dans 5 ans. Et s’il n’y a pas de fait scientifiques nouveaux, ce qui est peu probable, il n’y aura pas de raison pour ne pas le renouveler à nouveau. Le gouvernement a annoncé vouloir interdire le glyphosate « dans 3 ans », c’est-à-dire pour 2020/2021 s’il y avait des solutions de remplacement. Le ministère de l’environnement veut laisser croire qu’il y a une solution pour 85-90 % des situations. Pour l’UDSEA, « la question qui se pose c’est combien cela coûte », comme l’indiquait Philippe Maunguin, directeur de l’Inra au Sénat le 6 juin. « Le remplacement, dans tous les types de conduites de cultures, du glyphosate par un travail mécanique n’est pas une solution acceptable », rappelle Dominique Malagu. En effet, ce n’est pas tenable économiquement : avec ou sans glyphosate, le prix des produits sera le même. Sans oublier que bon nombre d’agriculteurs, qui n’ont plus de charrue, devraient investir de lourdes sommes dans le matériel. Par ailleurs, les largeurs de plantation devraient être revues. De plus c’est une régression, en terme environnemental avec l’utilisation accrue de carburant fossiles et d’érosion des sols.

genet anses mauguin inra Le 6 juin, lors d’une table ronde organisée sur les produits phytosanitaires au Sénat, Roger Genet, le directeur général de l’Anses, a déclaré : « nous avons suffisamment d’arguments pour lever l’incertitude et estimer que le caractère cancérigène probable avancé par le CIRC n’est pas fondé. »

Montants énormes « à l’Américaine » Les montants accordés par les jurys populaires américains lors de procès envers les multinationales sont souvent énormes au regard des citoyens européens. Est-ce qu’inconsciemment, le juré se dit « si cela m’arrivait à moi, cela pourrait me profiter » ? Mais en appel, avec des procédures d’expertises plus contraignantes, les décisions finales peuvent être moins spectaculaires, voire totalement annulées. L’exemple le plus récent dans les énormités des condamnations du procès au Missouri entre 22 femmes et leurs familles et la firme Johnson & Johnson. Les plaignantes alléguaient que leur cancer des ovaires avait été causé par leur usage du talc de la firme pour leur toilette intime et la présence d’amiante. Le fabricant a été condamné à 550 millions de dollars en dommages compensateurs et plus 4,1 milliards de dollars de dommages punitifs. Un appel est en cours. Dans un procès récent sur le même motif, la cour d’appel de Los Angeles avait donné raison à la firme en rejetant une condamnation de 417 millions de dollars de dommages et intérêts, estimant que les arguments de la plaignante étaient insuffisants et vagues (Source Le Monde). Pour faire accepter plus facilement ses sommes pharaoniques, les avocats des plaignants demandent une compensation pour dommages directs (29 millions de $ dans le procès Monsanto) mais argumentent sur l’exemplarité du procès pour condamnation pour dommage punitifs (250 millions de $). Les jurys doivent trancher sur des arguments d’experts à charges, contre d’autres argumentant dans le sens de la défense. On leur demande d’avoir la capacité de compréhension d’expert d’agence internationale ! Pour mieux plaider leur cause, les avocats des plaignants jouent sur l’émotionnel, la culpabilité collective. Dans le procès Monsanto, ils ont, inévitablement, rappelé la fabrication d’agent orange, il y plus de 50 ans.

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