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Gestion de crise
« Il faut augmenter notre cuverie ! »

Pour le président d’Interloire, les dégâts de la crise sanitaire confortent l’objectif d’une maîtrise physique de l’offre, couplée à l’utilisation judicieuse des mécanismes de gestion existants ou à mettre en oeuvre.

L’interprofession viticole ligérienne s’est adaptée au confinement. Les équipes d’analyse des marchés et prospectives télétravaillent en réseau, les services techniques continuent de suivre les essais en cours. Mais c’est évidemment sur le terrain du commerce, coeur de l’organisation interprofessionnelle, que se concentre Interloire. Pour son président, la crise conjoncturelle renforce les conclusions d’une analyse structurelle de l’offre vins du Val de Loire.

 

Quelle est la situation commerciale globale des vins du Val de Loire ?

Jean-Martin Dutour : D’après les informations qui remontent vers Interloire, les deux tiers du flux commercial habituel sont stoppés. Et le tiers subsistant est très mal réparti. Ce sont surtout les vins d’entrée de gamme vendus en grande distribution qui se vendent actuellement. Les autres références ont du plomb dans l’aile. Selon les domaines, les ventes vont de zéro à un courant modéré.

 

Que révèle la dernière enquête mensuelle Iri analysant les tickets de caisse des GMS ?

J.-M. D. : L’enquête Iri indique des ventes assez stables en vins tranquilles, une chute brutale des achats d’effervescent de l’ordre de - 30 % et une montée du commerce des bibs et des marques distributeurs.

 

Et sur les marchés d’exportation ?

J.-M. D. : Les contrats en cours assurent toujours un faible courant commercial.

 

Le terrain gagné à Wine Paris va-t-il rester lettre morte ?

 J.-M. D. : Je ne crois pas, d’autant que ProWein a été annulé. La dynamique du salon de Paris reste et se renforcera en 2021 avec l’accord finalisé entre Comexposium et Vinexpo, qui a donné naissance à Vinexposium.

 

Quelles sont les actions mises en place par l’interprofession pour soutenir les vignerons ?

J.-M. D. : Interloire centralise les informations utiles en temps de crise sur son site filière. vinsvaldeloire.fr, réservé aux professionnels. Vignerons et négociants y trouvent les informations et documents répondant à la plupart des questions ayant trait à la crise sanitaire. De nombreux liens renvoient vers les mesures de soutien régionales et nationales, les mesures spécifiques à l’agriculture ou portant sur les questions sociales et l’emploi. Nous y consignons aussi les liens à propos de la fiscalité, des douanes, du transport et de la logistique.

 

Envisagez-vous des aménagements de paiement de la CVO ?

J.-M. D. : La cotisation volontaire obligatoire est appelée au prorata des ventes de vin. Mais comme nous l’avons toujours fait, si des opérateurs éprouvent des difficultés pour assumer leurs obligations, nous les invitons à nous contacter pour envisager un échéancier.

 

La filière vin française a demandé le lancement d’un programme de distillation volontaire. La Loire est-elle preneuse ?

 J.-M. D. : Un défraiement à 80 € de l’hectolitre n’est pas la solution la plus pertinente pour les vins de Loire. Mais c’est une option qui pourrait aider certains opérateurs.

 

Quelles sont les mesures revendiquées par Interloire ?

J.-M. D. : Deux pourraient nous aider immédiatement : des annulations de charges et le lissage du reversement de la TVA. Mais structurellement notre problème est ailleurs. Audelà des conséquences graves de la crise sanitaire sur la santé des personnes et sur la conjoncture, la Loire doit avoir la capacité de fournir avec régularité les marchés qu’elle décroche de haute lutte. Les opérateurs ne doivent pas vendre une récolte mais plutôt alimenter un flux.

 

Donc selon vous, l’objectif prioritaire concerne la capacité de stockage ?

J.-M. D. : Exactement, l’augmentation de notre capacité collective à stocker les vins conditionne la montée en gamme, même et surtout en période de crise. Sur une appellation que je connais bien, chinon, il suffit que 3 ou 4 vignerons vendent à bas prix au négoce pour que ce prix fasse référence pour le reste de la campagne et définisse le niveau du socle de l’ensemble de notre gamme. Le prix du vrac fera le prix du bib. C’est un non-sens. C’est compliqué de dire cela au moment où tous les opérateurs souffrent, mais nous gagnerions tous en résilience en ayant un an de vente en stock.

 

C’est un voeu pieux ; le financement des stocks n’est pas à la portée de tous.

J.-M. D. : Chaque opérateur doit avoir pour objectif de s’organiser pour prendre sa part. Le stock est un système d’alimentation du marché qui ne joue pas sur le prix, contrairement au déstockage intempestif pour raison de trésorerie ou de place. Alors oui, la mesure dont les vins de Loire ont besoin, c’est une aide à la trésorerie pour financer les stocks. Il nous faut de la cuverie et de l’argent pour le fonctionnement normal de l’entreprise viticole. La cuverie, c’est du lourd, l’OCM la subventionne à hauteur de 35 %. D’autres fonds doivent être mobilisés pour aller au-delà.

 

L’autre problématique majeure souvent évoquée, ce sont les aléas climatiques.

J.-M. D. : Justement, la cuverie et les dispositifs de régulation des volumes et de lutte contre le gel et la grêle sont nos meilleures armes pour passer les écueils produits par le climat. Notre incapacité collective récurrente à alimenter régulièrement nos marchés par manque de vin s’apparente au mythe de Sisyphe, ce rocher monté avec effort vers le haut de la colline et qui retombe à chaque fois. Il nous faut apprendre à vivre avec un an de stock.

 

Rendement butoir, VCI, VSI, plusieurs mécanismes de régulation co-existent pour la gestion des flux. Sont-ils suffisamment connus, utilisés ?

J.-M. D. : Le rendement butoir est connu de tous. Le volume compensatoire individuel (VCI) rentre dans les habitudes. C’est une réserve qualitative. Le vin stocké prend le nom de l’appellation seulement lors de son déstockage sous conditions. Le VSI, ou volume substituable individuel, est moins populaire mais il a toute son utilité car il permet de détruire l’équivalent d’un autre millésime. Les services d’Interloire planchent sur un quatrième outil, la réserve interprofessionnelle (RI). Il y a autant de RI que d’appellations. Chaque ODG doit s’accorder sur ses principes avec l’accord du négoce. S’il y a consensus, la demande est formulée à Bercy et rue de Varenne*. Une fois l’arrêté pris, la RI, dont le curseur est révisable annuellement, est libérable en cours d’année.

 

Comment abordez-vous la sortie de crise ?

J.-M. D. : En imaginant un déconfinement progressif à partir du 11 mai, les opérateurs viticoles auront, pour 65 % de leurs volumes, 50 jours blancs au compteur. Les vignerons privés de Vitiloire ont annulé leurs portes ouvertes. Si l’économie retrouve son niveau d’activité en fin d’année, nous perdrons encore deux mois probablement. Pour tous, une reprise rapide est cruciale. Interloire va se concentrer sur une communication stimulante pour accompagner la reprise. * Ministère de l’économie et des finances, ministère de l’agriculture  

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