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Moisson : des volumes à la peine en terres légères

De façon globale, l’année n’est pas mauvaise avec toutefois des écarts significatifs de rendements, y compris au sein d’une même exploitation. La sécheresse et parfois la grêle ont laissé des traces, parfois marquées.

La moisson d’orges et de colza est pour ainsi dire terminée cette fin de semaine. Celle du blé est bien entamée. L’heure est aux premiers bilans.

Aux Etablissements Bodin de Beaumont-la-Ronce, le rendement moyen en orge est 10 à 15 % inférieur à celui de 2021, avec 60 à 65 q en moyenne. Dans les terres un peu légères, le rendement tourne autour de 50 à 55 q, et monte à 80 q en bonnes terres. « En nord Touraine, on a eu 50 mm d’eau entre le 1er janvier et le 1er juin. Ce manque d’eau et les coups de chaleur se paient en terres légères, indique Pascal Cron, le directeur. Mais on reste dans la moyenne quinquennale au global. » La qualité est plutôt belle avec un PS entre 64 et 65, bien que les grains soient petits.

En colza, 60 % étaient collectés ce mardi. Le rendement accuse aussi une baisse de 10 à 15 % par rapport à l’an dernier, avec beaucoup d’exploitations à 30 q de moyenne. « La récolte est assez propre, avec une humidité à 6-7. Les meilleurs colzas n’ont pas été battus, je pense qu’on atteindra environ 33 q de moyenne. »

A Monthodon par exemple, le rendement de Fabien Janvier a été amputé par la sécheresse de 10 q : 67 q en orges d’hiver pour un potentiel de 75-80 q, 35 à 37 q en colza pour un potentiel de 45 q.

Mardi, la collecte des blés avait tout juste commencé. « On est à 75-80 q dans les bonnes terres, et 35 à 60 dans les petites terres », annonce Pascal Cron. Le PS est tout à fait correct, à 76-78, tout comme le taux de protéines. Le décrochage en volume devrait être du même ordre qu’en colza et en orge.

 

LES STIGMATES DE LA GRÊLE

En vallée du Cher, chez Hervé Mauduit, les rendements se situent entre 45 q dans les terres séchantes et 75 q dans les parcelles irriguées avec deux passages d’eau (50 mm en tout). Le PS affiche respectivement 74 pour les premières parcelles et 79/80 pour les irriguées.

Dans le Chinonais, le rendement est considéré normal à bas à la Copac. La collecte oscille en colza entre 23 et 25 q de moyenne, 60 q en orge fourragère, de 25 à 70 q en orge de brasserie (les meilleurs rendements correspondant aux semis précoces). La collecte de blé sera quasiment terminée dimanche, « on espère 61 à 62 q. C’est une année faible, liée à l’impact de la grêle dans notre secteur, explique Patrice Allard, directeur de la Copac. 6 à 7 % des blés sont par terre, ça représente 530 hectares. » C’est dans la vallée de la Loire en partant de l’amont de Fontevraud jusqu’à Azay-le- Rideau, sur un couloir de 700 m à 3 km de large, que l’impact est net.

En revanche, la qualité est là aussi au rendez-vous. « Les humidités sont basses, à 11,7 en orge avec un PS de 65,5. En blé, on a un PS de 78 et des protéines à 11,9-12 », se réjouit le directeur. Ce dernier estime que la grêle a fait perdre 2 500 tonnes de volume, et que la sécheresse a amputé la collecte de 20 % en blé et en orge.

 

PEU DE GROS RENDEMENTS

Dans le Lochois, à Charnizay, Thibaut Gaborieau qualifie la moisson de « pas terrible ». La sécheresse et la grêle sont passées par là. En colza, le potentiel de 45 q est bien loin d’être atteint, avec 27 q. En blé, « certaines parcelles sont à 40 et d’autres à 60 q, selon les types de sols ». Dans l’attente des résultats en matière de qualité, Thibaut constatait la petite taille des grains, ou alors de beaux grains mais en petite quantité. Certains agriculteurs du secteur n’ont fait que 15 q dans leurs parcelles grêlées, voire même 0 à 5 q pour certains. Le jeune agriculteur avait engagé une bonne partie de la récolte en novembre, à 240-250 euros, puis en avait réengagé une partie un peu plus tard à 260.

A quelques kilomètres de là, à Chemillé-sur-Indrois, le rendement est inattendu dans les bournais. 35 q en colza et 75 q en blé, malgré 40 jours sans pluie au printemps. La réserve utile était bel et bien là, semble-t-il.

Du côté de Sainte-Maure-de- Touraine, les performances sont également hétérogènes à l’arrivée au silo COC de Pouzay. Les rendements en blé « ne sont pas gros » selon le responsable de silo. Ils vont de 40 à 80 q, avec une moyenne qui devrait s’établir vers 60-65 q. La qualité est globalement présente, avec un PS allant de 76 à 80, et un taux de protéines correct. En colza, l’impact de la date de semis est net. Les rendements vont de 20 q pour des colzas semés en septembre à 40 q pour d’autres semés fin juillet. L’orge affiche une bonne qualité et des rendements moyens (de 50 à 70 q), tandis que le blé dur n’est pas une réussite.

Difficile encore pour cette campagne d’évoquer une année « normale », surtout lorsqu’on ajoute le critère prix.

 


Et les prix ?

Cette année, bien plus que le rendement, c’est bien le contexte économique qui va impacter la commercialisation. Compte tenu de la volatilité inédite des cours, la date à laquelle l’acte de vente a été ou sera finalisé est déterminante : pour mémoire les cotations de blé rendu Rouen ont oscillé depuis un an entre 197 €/t (mi-juillet 2021) et 437 €/t (mi-mai 2022). Les cours fléchissent actuellement, avec notamment la baisse du coût du fret et l’annonce d’efforts à venir sur le prix du pétrole. Pour la suite, tout dépendra aussi des aléas climatiques, qui peuvent très vite tendre le marché mondial. Celui-ci n’a jamais été aussi variable.  

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