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Plan pollinisateurs
Vers un traitement en soirée pendant la floraison

Après la concertation obtenue par la FNSEA en décembre dernier, le plan pollinisateurs et son volet réglementaire ont été retravaillés. Le traitement en début de nuit va devenir obligatoire pendant la période de floraison.

Attendu depuis décembre 2020, l’arrêté abeilles révisé a enfin été envoyé aux acteurs concernés le 7 juin. Comme l’avait recommandé l’Anses dans ses deux avis de 2013 et 2018, l’interdiction d’épandage des insecticides sur les cultures mellifères en fleur est étendue dans cette nouvelle version à l’ensemble des molécules, pas simplement les insecticides et acaricides.

 

QUE 5 HEURES EN SOIRÉE POUR TRAITER

Le projet d’arrêté prévoit que, si le produit est utilisé pour un usage pendant la floraison sur les cultures attractives pour les pollinisateurs et sur les zones de butinage, le traitement doit, sauf cas particulier, être réalisé dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui le suivent. C’està- dire, par exemple de 18h45 à 23h45 mi-avril en Touraine, et de 19h30 à 0h30 à la mi-mai. L’Anses recommandait de limiter les traitements 3 h après le coucher du soleil. Le ministre de l’Agriculture avait fait du travail de nuit une ligne rouge depuis la fin de l’année 2020, une position reprise par la ministre de la Transition écologique : « on ne fera pas travailler les agriculteurs de nuit », déclarait-elle en réponse aux ONG qui rappelaient la position de l’Anses.

 

Mais, comme l’indiquaient la FNSEA 37 et la FAV (Fédération des associations viticoles) lors des rencontres avec les parlementaires en décembre dernier, entre fin de journée et début de nuit, les agriculteurs vont être obligés de travailler à des horaires décalés, sans compensation, avec un impact négatif sur leur vie privée. Et lorsqu’il y a des salariés, la gestion va être encore plus complexe.

 

Ces règles s’appliquent pour tous les types de produits, pas simplement pour les insecticides et acaricides. La règle est systématisée alors qu’elle aurait pu s’appliquer uniquement aux produits pour lesquels est avéré un danger effectif pour les pollinisateurs.

 

DES DÉROGATIONS

Arguments techniques et pratiques à l’appui, la profession a bataillé pour obtenir des dérogations dans le cas d’activités exclusivement diurnes des bioagresseurs, si le traitement en soirée ne permet pas une protection efficace. Surtout, la profession a fait valoir le problème de la tavelure. La dérogation ne sera possible que si, compte tenu du développement d’une maladie, l’efficacité d’un traitement fongicide est conditionnée par sa réalisation dans un délai incompatible avec les 5 h en fin de journée/début de nuit.

 

Les arboriculteurs expliquent que pour faire en 5 h ce qui est réalisé en 8-9 h habituellement, il faut un doublement du matériel, qu’il n’y a plus aucune marge de sécurité pour gérer les averses et épisodes de pluie et que cela va engendrer un surcoût de main-d’oeuvre. Et surtout, ils rappellent que depuis 5 décennies il y a des ruches dans les vergers lors de la floraison avec des traitements fongicides lorsque c’est nécessaire et qu’aucun problème n’est constaté. Cet excès de précaution que les ONG voudraient généraliser, y compris pour les surfaces peu importantes de vergers, va engendrer une forte distorsion de concurrence. Les 2500 ha de vergers de la région ne représentent que 0,06 % la surface régionale totale.

 

INCERTITUDES

Le texte parle d’une réglementation qui s’appliquerait sur les cultures attractives avec prise en compte non seulement de la floraison mais aussi des exsudats. La liste n’est pas connue avec une petite incertitude sur la vigne.

 

L’autre inquiétude levée par l’ANPP (Association nationale pommes poires), la FNPFruits et la FNSEA porte sur les « zones de butinage ». Dans les inter-rangs des vignes et vergers enherbés, il y a inévitablement quelques dicotylédones en fleur, au-delà de la période de floraison des arbres. Les haies de bordures qui sont pourtant recommandées et qui ne sont pas traitées sont-elles, elles aussi, des zones de butinage ? Dans son communiqué, l’ANPP demande la « suppression immédiate de la mention zone de butinage avant publication du texte. L’arboriculture française ne doit pas être sacrifiée sur l’hôtel d’arbitrages opportunistes à l’approche des élections régionales ».

 

 


Être prêt à réagir

Les ministères ont laissé 10 jours à la profession pour réagir au projet d’arrêté. Les propositions de modification de texte doivent être développées et argumentées avant le 18 juin. Ensuite le projet d’arrêté sera mis en consultation à compter du 28 juin. « Nous espérons que, dans le principe de concertation que la FNSEA a obtenu suite à nos actions de décembre 2020, les dérogations négociées soient maintenues et que le concept de zone de butinage soit retiré du texte car il n’apportera que de l’insécurité juridique », déclare Sébastien Prouteau, président de la FNSEA 37. Le responsable syndical souligne que « nos concitoyens doivent comprendre que ce sont de nouvelles contraintes qui s’appliquent, le travail en début de nuit qui va avoir un impact lourd pour l’organisation du travail génère des surcoûts. Et ces nouvelles règles ne sont basées que sur un principe de précaution ». Le responsable syndical demande aussi aux agriculteurs d’être prêts à faire connaître leurs arguments lors de la consultation par Internet fin juin, début juillet, même si avec la moisson ce n’est pas une période favorable.

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