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Société
Une convention citoyenne nombriliste emmêlée dans ses contradictions

Chronique Terre de Touraine pour France Bleu Touraine du 27 juin 2020

© Philippe Guilbert

 

Adrien Lacassaigne F Bleu Touraine Philippe le 21 juin la Convention citoyenne pour le climat a rendu sa contribution. L’alimentation et l’agriculture sont ici en première ligne. Un catalogue de bonnes intentions qui entendent transformer fortement l’agriculture française….

Philippe Guilbert Terre de Touraine : ….avec le risque de la réduire à une portion congrue s’inquiète la profession. La Convention citoyenne fait des constats, parfois sujets à caution, et s’emmêle assez souvent dans ces contradictions, d’où une déception à la lecture du rapport. Elle fixe pour objectif de « réduire de 20 %, d’ici à 2030 notre consommation de viande et de produits laitiers, tout en augmentant la part des fruits et légumes, des céréales et des légumes secs. Mais en même temps, elle souhaite plus de prairies, en occultant le changement climatique qui transformera peut-être la Normandie en Andalousie. Mais des prairies c’est de l’herbe, et que produit on avec de l’herbe si ce n’est de la viande et du lait ! »

Adrien : Les 150 personnes tirées au sort proposent aussi de « passer à un choix quotidien dans les self-services à partir de 2022…

Philippe: Exact la convention citoyenne veut inciter la restauration collective à un menu unique, à développer des repas végétariens », en oubliant qu’en fait ils existent déjà. Quant au menu unique, ça fait un peu pensée unique et je laisse chacun apprécier la proposition. 

Adrien : Des propositions sont faites aussi sur la manière de produire, en insistant sur l’agro-écologie.

Philippe : Le collectif citoyen entend « transformer l’agriculture française en réduisant ses émissions de Gaz à effets de serre, les fameux GES et la phytopharmacie de synthèse ». La convention propose « l’objectif très ambitieux de 50 % de terres en agroécologie (…) en 2040, mais sans définir avec précision le concept». S’il s’agit d’une conduite bio, alors l’augmentation des surfaces conduira mathématiquement à travailler plus de terres pour obtenir un volume de nourriture équivalent aux dépend des espaces naturels comme la forêt. Ou alors il faudra importer du bio de l’étranger. Ce concept d’agroécologie inclus aussi les systèmes sans labour, de semis direct sous couvert, de conservation des sols, de stockage de carbone qui ne peuvent être mis en œuvre sans un minimum de recours à la chimie de synthèse pour désherber. Suivez mon regard.

Adrien : Dans les propositions on trouve aussi l’interdiction immédiate des produits classés CMR, c’est-à-dire cancérigène-mutagène-reprotoxique. C’est plutôt une bonne chose non ?

Philippe : Oui et les agriculteurs avec l’aide de leurs services techniques sont en bonne voie pour y arriver rapidement. Rappelons au passage, que les fumées du tabac et de certaines industries sont riches en CMR et que la convention ne propose pas pour autant de les interdire.

Adrien : Et sur les OGM ?

Philippe : Au sujet de la sélection variétale, les agriculteurs demandent aux citoyens et aux médias, d’écouter la parole à la communauté scientifique. Un fantasme militant est entretenu en France autour des OGM. Pourtant les experts climat du GIEC considèrent certains plants génétiquement améliorés comme utiles pour réduire l’utilisation des engrais, produire des protéines et résister à la sécheresse. En revanche la possession du vivant par des multinationales est un vrai sujet. Et paradoxalement, le mouvement anti-OGM très actif en France a fait leur jeu en interdisant la recherche publique sur le sujet, c’est-à-dire la détention d’un savoir collectif.

Adrien : Que va-t-il se passer maintenant ?

Philippe : Eh bien des parlementaires de la majorité vont confronter cette contribution à la réalité économique, et sociale. Toutes les propositions de la Convention ne devraient pas être retenues.  Mais les agriculteurs se posent une question ? Que feront les autres pays de l’Union européenne et les autres grands ensembles, l’Amérique du nord, le Mercosur, la Chine ? Vont-il s’engouffrer dans la voie de l’agroécologie ?  Rien n’est moins sûr. Et pour terminer, une chose m’a choqué, c’est le nombrilisme de la convention citoyenne, autocentrée sur l’hexagone, ignorant que le monde est un village. Cette vision étriquée du monde est aux antipodes de l’esprit universaliste porté par la France depuis 250 ans. En intitulant son chapitre agricole  « se nourrir », la Convention semble oublier au passage les trois repas par jour des 200 millions d’habitants d’Afrique du nord et de l’Egypte, un coin de planète parmi d’autres, où les gens n’ont pas assez de terres arables pour s’autosuffire. Bel été à tous.

 

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