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Débat
« Monsieur Egalim » s’explique à Chinon

S’il est un homme qui connaît dans le détail la loi Egalim, c’est Jean-Baptiste Moreau. Le député, éleveur de la Creuse, est venu à la rencontre des agriculteurs en début de semaine à Chinon.

Un seul chiffre suffit à donner la mesure de l’enjeu qui se dresse face à la profession agricole mais aussi à son premier client, la société française… En 2022, la moitié des agriculteurs du pays arrivera à 60 ans. Une réalité qui impactera directement la diversité de l’offre, la taille des exploitations, l’économie rurale et le façonnage des paysages. Autant dire qu’un bouleversement considérable s’opère sous nos yeux et qu’aucune baguette magique ne va remplacer au pied levé les départs en retraite.

Mais des décisions politiques peuvent favoriser les reprises comme les organisations de portage du foncier pour les hors cadre familiaux. Alors l’installation des jeunes, grande cause nationale ? Pourquoi pas, mais encore faut-il donner aux repreneurs l’assurance qu’ils vont pouvoir vivre de leur métier.

Solidifier les filières de production

La loi Egalim, issue de la réflexion des états généraux de l’alimentation, repose sur deux piliers, a rappelé à Chinon lundi soir Jean-Baptiste Moreau, son rapporteur (invité par Fabienne Colboc) : le retour de valeur ajoutée vers le producteur et une montée en gamme de l’offre nationale en produits alimentaires issus d’une production durable.

Les volets de ce dernier point balayent large. Il est question d’augmenter à 15 % du total l’offre en denrées certifiées bio, de réduire l’utilisation des phytos de synthèse, de maintenir des sols vivants et de produire en favorisant la biodiversité.

A propos de la reconquête de la valeur ajoutée, Jean-Baptiste Moreau croit en l’inversion de l’élaboration des prix. Il affirme que la contractualisation sur la base d’un indicateur de coûts de production entre le producteur et le premier maillon aval servira les agriculteurs. Il a rappelé que ce système de composition du prix s’opère dans un contexte d’encadrement des promotions et de hausse du seuil de revente à perte.

« Les pratiques des grandes surfaces fragilisent toutes les filières agricoles en détruisant un milliard d’euros par an de valeur ajoutée, que pourrait percevoir les producteurs. L’économie de marché est biaisée par l’oligarchie de la grande distribution. Des pratiques d’achats à prix bradés de produits agricoles octroient aux distributeurs des marges de 30 à 50 %, destinées à compenser les ventes à prix coûtant du Coca ou du Nutella. Il faut sortir de ce système Shadok où le consommateur détruit son propre boulot en achetant sous les coûts de production. » En sortir notamment en bâtissant des plans par filière pour solidifier la production, conclut le député.

La montée en gamme aura un coût

« La montée en gamme est vitale car, pour résister aux importations de produits bio d’Ukraine et conserver sa particularité d’une production fondée sur l’agriculture familiale, la France doit cultiver un petit plus par la certification (HVE) et la montée en gamme, via la traçabilité et le bien-être animal. » Il a enjoint les agriculteurs à développer notamment le porc bio, actuellement importé d’Espagne et d’Allemagne. Mais une réalité plane en filigrane sur tous ces débats.

L’augmentation incontournable du prix de l’alimentation est comme une omerta que les élus évitent d’expliquer par ces temps de “gilets jaunes”. Le bio, la montée en gamme, la certification, l’augmentation du prix des repas de cantine, la traçabilité… Qui va payer, le consommateur ou le contribuable ? Jean-Baptiste Moreau a été clair sur ce point. « La part de 10 % du revenu des familles consacré à l’alimentation va nécessairement augmenter, car se nourrir bien, c’est vital ». Le parlementaire qui a rappelé que, pour la troisième année consécutive, « la France est numéro au classement du modèle le plus durable au monde » - classement de The Economist à retrouver sur notre site www.terredetouraine. fr.

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