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Déchets verts
Une ressource au service des sols et des revenus agricoles

En 2016, Pierre Raguin, accompagné de son père (Jean-Pierre Raguin) et de son oncle (Christophe Raguin), lance un projet de station de compostage à Loches.

Sur la plateforme de compostage, Pierre Raguin et Matthias Le Bot valorisent les déchets verts collectés localement pour enrichir en matière organique leurs sols agricoles et diversifier leur source de revenus.
© ©L.L

« Nous avons constaté que nos parcelles manquaient de matière organique, certaines étant même sensibles à la battance », explique l’agriculteur engagé en techniques culturales simplifiées afin de concentrer la matière organique dans les premiers centimètres du sol.

Fort d’une expérience professionnelle en station de compostage, Pierre Raguin apporte son expertise au projet. Sur les plans réglementaire et technique, les trois associés s’appuient également sur l’accompagnement de l’association des Agriculteurs Composteurs de France.

La plateforme voit le jour en 2018. Classée ICPE*, elle s’étend sur 5 000 m². Au-delà de l’intérêt agronomique, cette activité constitue rapidement une source de diversification des revenus. D’abord exploitée en sous-traitance pour Coved, la station développe ensuite des partenariats directs avec les collectivités et les paysagistes. « Cela a demandé un important travail de prospection. Aujourd’hui, nous comptons 170 apporteurs, dont 120 réguliers  », précise Pierre Raguin.

Entièrement automatisée, la plateforme est accessible 24 h/24 et 7 j/7. Grâce à un système de badge, chaque apport est pesé à l’entrée et à la sortie, permettant une facturation précise. « Le déchet vert doit être perçu comme une ressource pour l’agriculture. Cette plateforme nous permet de maîtriser son exutoire », souligne-t-il.

Un processus maîtrisé

À leur arrivée, les déchets font l’objet d’un contrôle afin d’éliminer les indésirables, notamment les plastiques. Les lots, compris entre 1 000 et 2 000 tonnes, sont ensuite compostés. Un broyage intermédiaire favorise l’aération, puis les tas sont arrosés dès le lendemain. « L’activité bactérienne élève la température à environ 70 °C, générant une forte évapotranspiration. Or, les bactéries ont besoin d’air, d’azote et d’eau  », explique l’agriculteur.

La phase de fermentation dure environ cinq mois. Une sonde permet de suivre l’activité biologique et d’ajuster les interventions. Le retournement et l’arrosage des andains, lorsque la température atteint 70 °C, accélèrent le processus.

Développement et valorisation

En 2022, un bâtiment couvert de panneaux photovoltaïques est installé, avec une production annuelle de 3,64 kWc. L’année suivante, la plateforme est étendue à un hectare et Matthias Le Bot rejoint l'exploitation comme associé.

Chaque année, la station traite 3 500 tonnes de déchets verts et 1 500 tonnes de bois, permettant la production de 2 000 tonnes de compost. Celui-ci est épandu sur les parcelles agricoles à raison de 10 tonnes par hectare, principalement entre août et septembre. « Dans un contexte de hausse du prix des engrais, le compost prend toute sa valeur », souligne Pierre Raguin.

Une partie de la production est également commercialisée auprès des particuliers, sous une forme plus fine. Le compost fait l’objet d’analyses régulières afin de répondre aux normes en vigueur, y compris en agriculture biologique. Malgré la saisonnalité des apports, la qualité reste homogène grâce à un cycle de compostage d’environ un an.

Organisation et perspectives

Le fonctionnement de la plateforme représente environ 1,5 unité de travail humain. Les deux associés font appel au Groupement employeurs 37 pour l’embauche de deux salariés en CDI et d’un apprenti.

Depuis l’an dernier, une seconde plateforme a été créée à Reignac afin de se rapprocher des zones d’approvisionnement. « Moins les déchets parcourent de kilomètres, mieux c’est. Et le meilleur déchet reste celui que l’on ne produit pas », rappelle Pierre Raguin. Cette extension permet de porter les volumes collectés à 9 000 tonnes de déchets verts et 5 000 tonnes de bois, ce dernier étant valorisé dans une filière panneaux.

Sur le plan agronomique, les effets de l’apport régulier de compost commencent à être visibles. « Nous constatons une amélioration de la résilience des sols, mais cela s’inscrit dans un travail de long terme », observe l’agriculteur.

Enfin, Pierre Raguin met en avant la maîtrise économique offerte par cette activité : « La gestion d’une plateforme de compostage est satisfaisante, car nous gardons la main sur nos leviers économiques, à l’inverse de notre activité agricole ».

 

 

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