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Agriculture de conservation des sols : les Lochois ont vu « Bienvenue les vers de terre »

On baisse les bras ou l’on relève le défi d’une troisième voie ? L’agriculture de conservation des sols fait parler d’elle en Touraine.

Bienvenue aux vers de terre ! » Travailleurs infatigables, les vers de terre maçonnent leurs galeries en long en large et en travers dans les sols, sur toute la planète. Ils sont les grands artisans de la fertilité des sols, en boulottant la matière organique morte pour la transformer en petits tourillons bruns et gras. Et bien figurez-vous que les vers de terre ont leur fan club…

Les amoureux des lombrics ont fait salle comble, mercredi 18 septembre au cinéma de Loches, Royal Vigny. A l’affiche, le documentaire « Bienvenue les vers de terre » tourné par François Stuck, déjà diffusé par les associations Apad et Base (1) à Amboise en février. Il raconte l’émergence dans toute la France de réseaux de paysans qui ont abandonné tout travail du sol pour laisser faire la nature… ou presque. Après tout, les chênes de 20 mètres de haut poussent bien tout seuls.

Alors ces agriculteurs, épaulés par des agronomes chevronnées, ont observé l’inconnu, la vie de leurs sols. Vers, bactéries, champignons, arthropodes de toute sorte accompagnent le développement des plantes, facilitant la descente des racines et leur approvisionnement en nutriments.

Les sols vivants retiennent l’eau, la filtrent et surtout fixent du carbone en masse ; du carbone capté au CO2 atmosphérique. Lucien Séguy, agronome chercheur reconnu comme l’un des pères de l’agro-écologie, a mesuré selon les climats et les cultures une séquestration annuelle de carbone par hectare comprise entre 600 kg et plus d’1,5 t.

 

Stocker du carbone dans les sols

Prenons l’exemple de la Touraine et de ses 300 000 ha de terres cultivées. En retenant une moyenne basse d’1 tonne/ha/an, si cette technique se généralisait, elle capterait 300 000 t de CO2 soit 10 % de l’émission moyenne d’un département français.

Concrètement, le principe visé est d’avoir toujours en permanence son sol couvert par des plantes ou par des débris de cultures, comme en ce moment du fait de la sécheresse. Ces agriculteurs préfèrent voir leur terre pénétrée par des racines que par des outils métalliques gourmands en carburant. « D’ailleurs, quel est l’outil métallique qui peut descendre à 1,5 m ? interroge dans le film l’agricultrice aveyronnaise, Sarah Singla. Les racines le font. » Quand il n’est pas retourné, cassé, le sol en cohésion conserve ses particules fines dans des agrégats et l’eau des fossés venant de ces champs est translucide.

L’agriculture de conservation des sols supprime le phénomène d’érosion. Y compris l’érosion éolienne, intense en ce moment au vu des nombreux nuages de poussière qui parsèment, depuis deux mois, la campagne tourangelle. L’agriculture de conservation considère le sol comme un réacteur biologique qui doit ronronner en permanence. Une terre qui produit de la matière organique est autofertile. La vie du sol y est intense, la terre s’autoprotège.

 

Un concept sans recettes tout faites

« Vous ne trouverez aucun livre expliquant la méthode, a indiqué à Loches Fabien Labrunie, vice-président de Base. La recette de l’an dernier ne s’appliquera pas cette saison, a fortiori avec la sécheresse. C’est pour cela qu’il ne faut jamais partir seul. Pour l’instant nos sols sont en dormance, mais ils n’ont subi aucune dégradation. Dès l’arrivée de la pluie, ils repartiront. »

Entre les adhérents Base, ceux de l’Apad et les groupes d’agriculture durable des chambres d’agriculture, l’échange d’expérience est permanent. L’apprentissage est parsemé d’échecs mais aussi de réussites enthousiasmantes. Tous ces agriculteurs avouent avoir retrouvé un regain d’intérêt à leur métier. Ils ont des éléments concrets à exprimer qui répondent aux attentes de la société.

De la défensive, ils passent à l’offensive, forts de leurs arguments. Bref, ils se ménagent un carré défendable dans le débat démocratique assommant. « Oui, on utilise du glyphosate, mais à petite dose, argumente Anthony Quillet. Le recours au désherbant affranchit les agriculteurs de nombreux passages d’outils. Nous n’avons pas vocation à passer notre temps dans la cabine des tracteurs. » Un litre de glyphosate économiserait 30 litres de gazole. Interrogé sur le glyphosate, l’agriculteur de la vallée du Cher assure que : « Non, aux doses employées en Touraine et avec le mulch de surface, le produit ne percole pas vers les nappes. » Et d’ajouter « Oui le maïs irrigué à sa place dans les rotations, en rappelant qu’un cycle de maïs consommait deux fois moins d’eau qu’un blé. De plus c’est une plante dite en " C4 ", qui fabrique une grosse masse de matière organique. »

 

Une nouvelle révolution verte

Dans leurs champs, les agrirestaurateurs allongent la rotation, mélangent les plantes entre elles, sèment des intercultures dès la récolte avec parfois jusqu’à quinze espèces différentes, tout ça avec un minimum de perturbations (semoirs à disque, dents localisées). Trèfle, vesce, lotier, féverole, pois fixent non seulement l’azote de l’air et donc réduisent les apports d’engrais, mais offrent aussi une nourriture abondante aux insectes pollinisateurs.

A Loches, un apiculteur professionnel a témoigné de l’intérêt de ce mode de conduite pour ses ruchers. Michaël Preteseille confirme la cohabitation vertueuse entre agriculture de conservation et santé de ses abeilles. Les agriculteurs n’invitent d’ailleurs pas que les apiculteurs dans leurs champs, mais de plus en plus des éleveurs pour pâturer les couverts riches en protéines et faire accélérer le ronronnement du réacteur biologique.

En conclusion, l’agriculture de conservation n’est pas une simple évolution de pratiques, mais bien une révolution, une fracture. Dans l’histoire humaine, les civilisations ont souvent disparu avec la perte de fertilité des sols cultivés, rappelle Sarah Singla. « Grâce à l’expérience acquise par les pionniers de la fin du 20ème siècle et confortée par la nouvelle génération, c’est la première fois que l’Homme explore une piste capable de restaurer la fertilité des sols », souligne Frédéric Thomas.

Les agriculteurs des associations Base et Apad, à l’image d’Hervé Mauduit, agriculteur près de Bléré, ont témoigné de la remontée spectaculaire des taux de matières organiques. « Mon père Jean-Claude a entrepris de changer sa pratique sous l’oeil parfois goguenard de ses voisins. Mais ses champs ont repris trois points de matière organique ! », rappelle Anthony Quillet.

 

 

Deux nouvelles projections du film : « Bienvenue les vers de terre » sont prochainement programmées en Indre-et-Loire par la famille Léger : dimanche 29 septembre à St Epain à la ferme du Buisson, projection à 11h et 15h. Plus d’infos sur le site chantdeblé.fr (1) www.apad.asso.fr & https:// asso-base.fr/  

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