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Canicule : les éleveurs redoublent d'ingéniosité

Brumisation artisanale, ventilation renforcée, arrosage des toitures ou adaptation de l'alimentation : face aux épisodes de canicule, des éleveurs d'Indre-et-Loire multiplient les dispositifs pour limiter les effets de la chaleur sur leurs animaux et leur production. Trois éleveurs dans trois productions différentes partagent leurs astuces.

Pour préserver le bien-être animal et les performances des troupeaux, la brumisation et la ventilation sont les dispositifs les plus répandus.
© L.L

À Channay-sur-Lathan, la vidéo publiée par Sébastien Huet sur Facebook a largement circulé sur les réseaux sociaux. L'éleveur laitier y présente son système de brumisation « fait maison », conçu pour rafraîchir ses vaches lors des épisodes de canicule. L’éleveur ne modifie ni la composition de la ration, ni les apports en eau ou en sel. En revanche, il adapte les horaires de distribution. « Je distribue la ration plus tard le soir. Les vaches mangent juste avant de partir au champ  », explique-t-il.

En 2020, Sébastien Huet bricole un système de brumisation pour refroidir ses vaches. Depuis, chaque année, il réitère l’opération lors des périodes de fortes chaleurs. Son dispositif repose sur une idée simple : celle de placer la lance d'un nettoyeur haute pression devant les ventilateurs afin de produire une brume très fine. « L'objectif est d'obtenir les plus petites gouttes possibles. Plus elles sont fines, plus elles se diffusent facilement et rafraîchissent les animaux. C'est pour cela que j'utilise un Kärcher », précise Sébastien Huet. Selon lui, cette installation permet d'abaisser d'environ 10 °C la température ressentie dans le bâtiment, où le thermomètre peut atteindre 29 °C.

Dans sa conduite de troupeau, les vaches restent à l'étable jusqu'en fin de matinée avant de rejoindre les pâtures ombragées. Elles reviennent vers 16 ou 17 heures pour la traite. À ce moment-là, les ventilateurs et la brumisation fonctionnent jusqu'en soirée, le temps que la température redescende.

Malgré ces aménagements, Sébastien Huet enregistre une baisse de production d'environ 5 kg de lait par vache et par jour lors des périodes de fortes chaleurs. La reproduction est également perturbée, avec des vaches qui n’expriment pas leurs chaleurs.

Ventilation : un indispensable en élevage porcin

À Draché, Cédric Raguin, éleveur porcin, observe lui aussi les conséquences du stress thermique. « Les animaux mangent moins et boivent davantage, influençant l’encombrement. Cela réduit leur gain moyen quotidien », explique-t-il. Depuis le mois de mai, les porcs ont ainsi perdu environ 6 kg de croissance. Les effets sur la reproduction seront visibles à l’hiver. L'éleveur s'attend à des portées moins nombreuses et à des porcelets plus petits. « Les truies sont particulièrement sensibles à la chaleur en fin de gestation et au moment de la mise bas », rappelle-t-il.

Pour limiter ces effets, la maternité est équipée d'un système de brumisation automatique. Lorsque la température atteint 24 °C, le dispositif se déclenche pendant 15 secondes avant une pause d'une minute. La fréquence et la durée peuvent être ajustées par l’éleveur. Les toitures sont également arrosées afin de rafraîchir l'air entrant dans le bâtiment.

À la suite d’un épisode caniculaire de 2019, Cédric Raguin a revu la ventilation de sa maternité. « Il vaut mieux surdimensionner la ventilation par rapport aux normes zootechniques afin de conserver une marge de sécurité  », conseille-t-il. Selon lui, la ventilation est importante car elle permet à la fois de mieux gérer l’humidité et le renouvellement de l’air. L'investissement a représenté environ 1 000 euros par ventilateur. Depuis, il constate un meilleur débit d'air et une consommation énergétique réduite.

Dans les bâtiments d'engraissement, la ventilation est complétée par un arrosage direct des animaux lorsque les températures approchent 40 °C. Deux distributions d'eau supplémentaires sont également réalisées, matin et soir. L'éleveur reste particulièrement attentif à l'hygrométrie et à la ventilation du bâtiment. « En excès, l'humidité peut provoquer un effet étouffant chez les porcs », souligne-t-il.

Cédric Raguin se questionne sur l’adaptation de ses bâtiments dans les années à venir. À plus long terme, il réfléchit notamment à intégrer une entrée puits canadien dans un futur bâtiment, ainsi qu'à développer des systèmes de cooling.

Une chèvrerie repensée et une alimentation adaptée

À Savonnières, Victor Foucard a lui aussi repensé son bâtiment et la conduite de ses chèvres face aux fortes chaleurs. Sans mesures particulières, il estime que la production laitière chute d'environ 20 % et que l'ingestion des chèvres en production diminue de 10 %. Son troupeau doit mettre bas dans un peu moins d’un mois et demi. « Si les fortes chaleurs persistent fin juillet, il existe un risque de mises bas prématurées et de pertes de chevreaux », explique-t-il. Pendant les épisodes de canicule, il passe de trois à deux distributions alimentaires quotidiennes, le matin et le soir, afin d'éviter une digestion durant les heures les plus chaudes.

L'éleveur a également doublé le linéaire d'abreuvement. « Pour 100 chèvres, nous disposons désormais de 4 m d'abreuvoir au lieu de 2 m habituellement », signale-t-il. Il ajoute également du propylène glycol dans l'eau afin de prévenir les risques de toxémie de gestation liée à la chaleur. En effet, en fin de gestation, les besoins énergétiques augmentent alors que les chèvres consomment moins d'aliments sous l'effet de la chaleur. Les animaux mobilisent alors leurs réserves graisseuses pour produire de l'énergie, un mécanisme appelé néoglucogenèse qui entraîne la formation de corps cétoniques. En excès, ces composés peuvent provoquer une toxémie, parfois mortelle. « Le propylène glycol apporte un sucre rapidement disponible, ce qui limite le recours aux réserves corporelles », résume l'éleveur.

La chèvrerie est équipée de ventilateurs disposés en quinconce de façon à créer plusieurs flux d'air en direction des chèvres. Depuis six ans, de la brumisation haute pression complète le dispositif. « J'ai étudié le système pour que le sol reste sec. Avec une pression de 60 bars et des buses de 0,20 mm, on obtient une brume très fine  », détaille Victor Foucard. Le réseau comprend 54 buses réparties sur 108 m linéaires. L'investissement s'est élevé à environ 6 000 euros, mais l’éleveur assure : « il est possible de faire moins cher en passant directement par le fabricant. » Le système fonctionne selon un cycle réglé à 1 minute 50 de brumisation, suivie de 10 secondes de pause avant un nouveau déclenchement. Grâce à l'ensemble de ces aménagements, la baisse de production laitière est limitée à 10 à 12 %, tout en maintenant un bon niveau de confort pour les chèvres, qui ne présentent pas de signes visibles de stress thermique.

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