Initiative
Coopérer pour travailler autrement
De l’installation en collectif à la mutualisation des livraisons, plusieurs agriculteurs ont partagé leurs expériences de coopération. Des initiatives concrètes qui permettent de gagner du temps, de réduire les coûts et de repenser l’organisation du travail.
De l’installation en collectif à la mutualisation des livraisons, plusieurs agriculteurs ont partagé leurs expériences de coopération. Des initiatives concrètes qui permettent de gagner du temps, de réduire les coûts et de repenser l’organisation du travail.
La coopération agricole ne se limite pas aux Cuma. Elle peut aussi prendre la forme d’un collectif d’installation, d’une organisation commune des livraisons ou d’un partage des responsabilités sur une exploitation.
Ces différentes expériences étaient au coeur de la soirée des coopérations agricoles, organisée mardi 29 septembre au Forum de Ligueil. Portée par la communauté de communes Loches Sud Touraine, les Cuma du Centre-Val de Loire, la MSA Berry-Touraine et l’Adear d’Indre-et-Loire, entre autres, la rencontre a réuni 45 participants autour de différentes formes d’entraide et de mutualisation. La soirée avait pour visée de mettre en lumière des expériences locales de coopération et de montrer ce que le collectif peut apporter face aux évolutions du métier.
Plusieurs structures et intervenants ont apporté leur éclairage, parmi lesquelles le GDA Loches-Montrésor, l’Adear, la Fédération régionale des Cuma et la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire. Trois témoignages d’agriculteurs ont particulièrement illustré les possibilités offertes par le travail collectif.
S’installer à plusieurs
À la ferme coopérative de Beletre à Dolus-le-Sec, le collectif est au coeur du projet depuis sa création en 2015. Adèle Toiville est venue présenter ce modèle d’installation destiné, notamment, à des personnes souhaitant s’installer en agriculture hors cadre familial. La ferme fonctionne sous le statut de Scop*, avec également une partie de l’activité organisée en Gaec. Les 150 hectares de terres et les bâtiments appartiennent à l’association Terre de Liens.
Pour intégrer la Scop, chaque associé acquiert une part sociale de 50 euros. « Nous défendons un modèle abordable pour s’installer en agriculture. Cela nous a permis de nous installer sans prêt bancaire », souligne-t-elle. Aujourd’hui, dix salariés, en 35 heures rémunérés au Smic, travaillent sur la ferme. Ils se répartissent entre les ateliers de maraîchage, de grandes cultures, de meunerie et de boulangerie. Le chiffre d’affaires annuel moyen s’élève à 400 000 euros. Au-delà du statut juridique, c’est surtout une autre organisation du travail qui est recherchée. « La volonté du projet est d’avoir une ferme collective, en autogestion, où tous les salariés ont le même salaire », résume Adèle Toiville.
Mutualiser les kilomètres
Éleveur de volailles à Ferrière-Larçon, Maxime Pawula a, de son côté, témoigné de la coopération logistique mise en place avec la Maison Galland. « Pendant des années, on se suivait sur les routes. Il y a trois ans, nous avons pris le temps de faire un point sur notre réseau de livraisons », raconte-t-il. Depuis, elles mutualisent leurs tournées sur les secteurs de Loches, Cormery, Tours et Amboise. Une structure fournit le chauffeur, l’autre le camion. Un nouveau circuit a également été créé l’an dernier dans le Chinonais. « C’est d’autant plus intéressant au vu des coûts de transport et du temps passé. Cela nous permet de nous libérer du temps pour nous concentrer sur autre chose », explique l’éleveur.
La coopération s’est même étendue au discours commercial, créant un nouveau circuit commercial dans le Chinonais. Au quotidien, les deux partenaires se tiennent informés des mises à jour concernant les livraisons et font régulièrement le point sur les clients à desservir.
Trouver sa place dans un collectif
Yohan Champion, éleveur bovin laitier et de volailles, a témoigné de son installation hors cadre familial au sein du Gaec Raguin à Charnizay. Après le départ en retraite des parents de Denis et Vincent Raguin, Yohan Champion et sa femme ont rejoint le Gaec. Ils sont aujourd’hui quatre associés et une salariée sur une exploitation comprenant deux poulaillers, 200 hectares de cultures et une production d’un million de litres de lait.
Pour Yohan Champion, le collectif permet avant tout de mieux répartir les responsabilités et de dégager du temps. « Nous avons le temps de faire ce que nous avons à faire, d’approfondir notre spécificité à la ferme et d'avoir du temps libre », témoigne-t-il. L’intégration dans un collectif demande toutefois du temps. « Au début, il faut faire ses preuves, puis peu à peu, on prend de l’autonomie », reconnaît-il. Pour lui, le bon fonctionnement du collectif passe par le dialogue « On ne laisse jamais quelqu’un sous pression. Aussi, il faut être prêt à se dire les choses et à les entendre ».
Réduire les coûts, partager les compétences, faciliter une installation ou encore dégager du temps, les formes de coopération sont multiples et peuvent s’adapter aux besoins de chaque exploitation. En seconde partie de soirée, la Ligue d’improvisation de Touraine (LIT) a apporté une touche plus légère avec une parenthèse placée sous le signe de l’humour.