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Maraîchage
La réalité du métier, base du projet d’installation

La chambre d’agriculture organisait le 17 octobre une journée découverte des productions légumières à Chouzé-sur-Loire. Les participants intéressés par le secteur ont pu se nourrir des témoignages précieux de deux maraîchers locaux.

L’objectif de la chambre d’agriculture, le 17 octobre, consistait à présenter le secteur des productions légumières, notamment à un public d’élèves de l’Agrocampus de Tours-Fondettes et du Centre national de promotion horticole (CNPH) d’Angers-Saumur ; mais aussi de les confronter à la réalité du métier à travers des témoignages de maraîchers.

« Se mettre des limites »

A Villebernier (Maine-et- Loire), Alain Morisseau a épousé le maraîchage « sur le tard ». En 2005, il est revenu à 30 ans s’associer avec ses parents sur leur exploitation, axée principalement sur la fraise et la framboise. Une production gourmande en travailleurs occasionnels et très saisonnière. Il a finalement assez vite abandonné les fruits rouges au profit notamment de la production de radis, et de mâche pour rentabiliser les structures durant l’été. « Je travaille exclusivement avec la coopérative Fleuron d’Anjou, avec les GMS comme principal débouché. L’avantage, c’est que je ne passe pas mon temps au téléphone pour commercialiser mes produits. Et je suis suivi par des techniciens, avec une exigence de qualité », détaille l’agriculteur. Auprès du public venu découvrir les productions maraîchères, Alain Morisseau explique que les investissements ont été réalisés progressivement, comme la grande laveuse à radis, destinée à réduire la pénibilité du travail et à gagner du temps. Il conseille clairement aux futurs installés de prévoir des saisons, et donc des coupures. « Il faut se mettre des limites. Au début, on ne s’en met pas, mais au bout d’un moment on se démotive et on s’épuise, parce que le corps ne peut plus. » Aujourd’hui, Alain travaille avec deux salariés à temps plein, dont un chef d’équipe, et 5 ou 6 travailleurs occasionnels. Sa conjointe ainsi que son père mettent la main à la pâte sur les aspects administratif et traçabilité. Le maraîcher ne cache pas que le marché est imprévisible et qu’il arrive qu’il n’y ait pas de débouché pour un légume à un moment donné. « Dans ces cas-là, on est obligés de détruire la récolte, même si ça fait mal ». A la lumière de son expérience, Alain Morisseau livre les clés selon lui pour tenir la distance en maraîchage : « bien calibrer son exploitation, se mettre des paliers, garder un équilibre de travail, et faire ce qu’on sait faire. »

Expérience et technicité pour réussir

Il existe mille et une façons d’exercer le métier, et Fleur Lacarelle, également venue témoigner lors de la journée découverte, l’a prouvé. Installée en bio à Longué-Jumelles (Maine-et-Loire) dans le cadre d’une reconversion professionnelle, elle a passé son BPREA à distance pour suivre la voie de l’agriculture. « Comme beaucoup de citadins, j’avais une image idéalisée de la microsurface, de la permaculture… Et puis on se prend des gadins, et on avance », témoigne la maraîchère. Passée par un espace-test au printemps 2016, elle s’installe avec la dotation jeunes agriculteurs en automne 2016, mais regrette de n’avoir pu bénéficier de plus d’expérience terrain. Un conseil qu’elle délivre aux futurs installés, « c’est bien de faire un maximum de stages, de salariat avant de se lancer ». Son exploitation de 5 ha, dont 1 ha en maraîchage avec 1 600 m2 de tunnels, sera convertie au bio au 1er janvier. Les 4 ha restants devraient être destinés à la production de légumes secs. « Je fais du maraîchage diversifié : tomates, choux, pommes de terre, poireaux, épinards, mâche, radis, carottes… Donc il faut être tout le temps sur le terrain, et le problème c’est l’entretien et le désherbage. Cette année n’a pas été très bonne en plein champ… » Fleur vend sa production en direct via une Amap, sur les marchés et un peu en Biocoop. A travers son témoignage, elle souligne la difficulté de gérer son temps. « J’idéalisais le soin des plantes par les plantes, le fait de faire ses propres plants, mais pour une question de temps ce n’est pas possible en fait ! J’ai du mal à me tirer un salaire, et travailler seule n’est pas simple donc je cherche à m’associer. Je ne conseille pas de s’installer seul en maraîchage, je trouve que c’est trop compliqué. » Fleur est soutenue par le réseau d’agriculture biologique par lequel elle est passée mais, lors des échanges avec les autres producteurs présents, ces derniers ont souligné l’importance d’avoir le suivi d’un technicien, pour sécuriser son exploitation et gagner du temps. Un coût largement rentabilisé en principe, la technicité étant l’une des clés de la réussite. Les potentiels maraîchers en devenir sont en tout cas repartis avec une image concrète du métier, et nombre de conseils bien avisés.

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