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Plan pollinisateurs
L’interdiction de traiter pendant la floraison reportée

Après la mobilisation du réseau FNSEA et des parlementaires de terrain, Matignon a arbitré pour un report de l’examen du projet d’arrêté prévoyant l’interdiction de tout traitement de jour pendant la floraison.

La FNSEA en avait été informée le 4 décembre : la ministre de la Transition écologique voulait faire valider, au Conseil des ministres du 16 décembre, un arrêté qui interdirait tous les traitements fongicides (et herbicides) lors de la floraison des cultures, vignes et vergers. Plus exactement, elle demandait que les firmes investissent dans une autorisation de mise en marché (AMM) abeille - uniquement pour le marché franco- français - qui aurait toléré un traitement pendant les 3 heures après le coucher du soleil, avec une tolérance à 5 h là où il y a des salariés.

 

Chacun imagine l’impact pour le contrôle du Sclerotinia du colza, de la tavelure des pommes poires, du mildiou des vignes et des pommes de terre. Et l’impasse organisationnelle avec les salariés, notamment en vignes et vergers.

 

La FNSEA et ses associations spécialisées nationales, avec l’appui des instituts techniques, ont immédiatement réagi pour détailler concrètement l’énorme impact négatif de cette disposition. Pour afficher un semblant de concertation, une rencontre avait été programmée le 14 décembre. « C’était essentiellement le sujet phytos qui était traité, dans la précipitation, et sans écouter », déplore Christiane Lambert. A compter du 10 décembre, le réseau syndical départemental et régional s’est mobilisé en relais.

 

REPORT MAIS PAS ABANDON

L’arbitrage de Matignon était demandé tant par la profession que par des députés LREM menés par JB Moreau (Creuse). Le 18 décembre, les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture ont réuni les professionnels et les associations et annoncé le report de l’examen du plan pollinisateurs au début de l’année.

 

La mention abeille serait étendue progressivement (et non plus immédiatement) à tous les fongicides et herbicides. L’une des voies consisterait à imposer aux fabricants de phytos de remettre de nouvelles données sous 18 mois à compter de la promulgation du texte. L’autre voie suivrait le calendrier de renouvellement des AMM des produits. En cas d’absence de solution en période de floraison, les ministères envisageraient déjà des dérogations. « Un dispositif reposant sur des dérogations sera source d’insécurité juridique. La discussion doit avoir lieu au niveau européen », prévient l’UIPP, syndicat des fabricants de phytos. « Il n’y a aucune visibilité sur les moyens », regrette Eric Lelong, président de l’interprofession apicole et responsable de la filière pour la FNSEA.

 

LA CLÉ SUR LE TRACTEUR

Si une suspension de l’arrêté et l’engagement d’une réelle concertation n’avaient pas été obtenus, les FDSEA de la région Centre- Val de Loire auraient « sorti les tracteurs ». La mobilisation avait été lancée. Les JA, eux aussi, ne pouvaient accepter une telle provocation. « Avec la préparation de la mobilisation collective, la prise de contact systématique avec les parlementaires, l’appui concret de la majorité d’entre eux et les relais auprès des DDT, en plus de la mobilisation nationale, nous avons réussi la première étape : l’examen de cet arrêté est reporté, précise Sébastien Prouteau pour la FNSEA CVL. Il reste à obtenir le retrait de cette “ l’AMM abeille ”. Nous restons très vigilants et prêts à sortir les tracteurs s’il le faut ». Et de réagir aux propositions connues le 18 décembre : « L’AMM abeille pour les phytos autres que les insecticides, c’est l’écologie de punition et non de solution. Les apiculteurs professionnels l’indiquent, la priorité c’est le Varroa, le frelon asiatique. Il faut profiter du plan protéines pour accroitre les ressources alimentaires là où c’est nécessaire. »

 

TOUS LES DÉPUTÉS ET SÉNATEURS CONTACTÉS

Après les sénateurs le lundi, la FNSEA 37 a organisé un échange approfondi avec les députés : visioconférence et rencontre avec Sophie Auconie aux Vergers de la Manse à Sepmes ; échange par écran de l’Assemblée nationale avec Fabienne Colboc ; échange téléphonique avec l’attaché de Sabine Thillaye et discussion avec Daniel Labaronne. Sébastien Delareux et Eric Bonvin étaient à la manoeuvre pour la section arboricole de la FNSEA 37. La FAV a envoyé un mail d’alerte à tous les députés en relayant la note du groupe vigne FNSEA. Les députés ont compris la situation, ceux de LREM rejoignant la ligne défendue par le ministre de l’Agriculture.

 

LA VIGNE AUSSI

Les céréaliers, arboriculteurs, producteurs de pommes de terre ont réagi immédiatement après connaissance du projet. Pour limiter les réactions hostiles, le ministère de la Transition écologique a laissé penser que la vigne ne serait pas concernée (dans un premier temps) car ce n’est pas une culture cible pour les pollinisateurs. Mais si la procédure d’AMM abeille s’appliquait, les contraintes la concerneraient aussi pour les fongicides indispensables pour lutter contre mildiou, oïdium et botrytis, y compris en agriculture biologique.

 

Avisée à l’occasion de son AG, la FAV 37-72 a alerté les parlementaires en s’appuyant sur la note du groupe vigne FNSEA. Dans leurs exposés aux parlementaires, les viticulteurs sont allés jusqu’au bout du raisonnement par l’absurde. « Avec la présence accrue des couverts végétaux qui fleurissent (que les ministères veulent encourager en réduisant les herbicides), dans cette logique de protection ultime des pollinisateurs, il faudrait aussi interdire les traitements fongicides de jour toute l’année ! », a expliqué Philippe Brisebarre, viticulteur à Vouvray et vice-président du CNAOC (comité national des appellations d’origine relatives aux vins).

 

Il a rappelé que, pour la vigne, le traitement en début de nuit n’est pas une bonne idée, « techniquement, mieux vaut le matin. » Ajoutant que cela « poserait de gros problèmes de voisinage », les turbines viticoles (et arboricoles) étant bruyantes, sans oublier les impasses dans la gestion des salariés et la nécessité de doubler les équipements de traitement face à face : 250 000 € d’investissement en enjambeur et pulvérisateur ! « Nous laisser une « fenêtre de traitement » de 3 h après le coucher du soleil (soit 21 h - minuit) est irrespectueux du voisinage, irrespectueux des conditions de travail des salariés ou du vigneron lui-même, qui fait en cette période des journées de plus de 10 h (égourmandage et accolage) », a complété Rémi Cosson (noble Joué) dans un mail à sa députée.

 


Abeilles : cibler les priorités

Le projet de plan est basé sur un avis de l’Anses qui indique que dans certaines conditions les abeilles seraient sensibles à des fongicides et herbicides. Mais les apiculteurs approchent tous les ans leurs ruches des vergers et colzas, alors qu’il y a traitement. S’il s’était agi d’un réel problème, l’Unaf (Union nationale des apiculteurs de France) n’aurait pas manqué d’agiter tous les réseaux depuis l’enquête de 2014, base de l’avis de l’Anses (N°2018- SA-014). Mais dans sa communication l’Unaf parle seulement de « bien-être des abeilles ». Les mots ont un sens. En effet, les observateurs le confirment, les affaiblissements constatés concernent des abeilles déjà affaiblies par d’autres facteurs, un suivi insuffisant de leur apiculteur- éleveur.

 

Le communiqué du réseau biodiversité et abeilles, qui regroupe des apiculteurs professionnels et des agriculteurs-apiculteurs, explique la situation (1) :

« Pour être en bonne santé, les butineuses doivent bénéficier d’un bol alimentaire en pollen et en nectar de qualité et en quantité suffisante. Le maintien de leurs défenses immunitaires repose sur cet équilibre nutritionnel. L’acarien Varroa est l’ennemi n° 1 des abeilles.

Hélas, sur ces sujets, la recherche publique et privée est quasi inexistante. Les pouvoirs publics préfèrent financer la recherche sur les produits phytosanitaires et continuent de fermer les yeux sur le volet sanitaire de la crise apicole. Pourtant, selon l’Observatoire des Mortalités et des Affaiblissements de l’Abeille mellifère, les origines des troubles sont clairement identifiées : Varroa, disette alimentaire, famine et manque de connaissances sanitaires. »

 

L’autre ennemi est le frelon asiatique. Un apiculteur sarthois qui pollinise les vergers de Touraine explique que cette année, « sur 200 ruches j’en ai perdu 30 à cause des frelons ». Une ruche, c’est environ 125 €. Un de ses collègues (plus de 1 000 ruches) a apporté son témoignage lors de la rencontre avec la députée Sophie Auconie en Indre-et-Loire. Il indiquait « ne pas constater de surmortalité » lors des apports de ruches dans les vergers et ajoutait qu’il « est nécessaire d’avoir des cultures mellifères en bon état afin d’assurer la production de nectar pour l’élaboration du miel ».

 

Le ministre de l’Agriculture semble avoir compris la priorité : « il faut faire en sorte de répondre au principal enjeu des abeilles entre mars et juin, qui est d’avoir des zones nourricières ». La FNSEA avait soumis dès l’automne plusieurs propositions dans ce sens, dont l’aménagement de zones mellifères, ainsi qu’un travail sur le volet sanitaire de l’apiculture. « Il faut maintenant que le ministère de la Transition écologique sorte de sa vision « par le petit bout de la lorgnette », conclut Sébastien Prouteau.

(1) A retrouver sur https://urlz.fr/exQU

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