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CÉPAGES RÉSISTANTS
Mildiou-Oïdium : la vigne entre en résistance

Avec la génomique, la viticulture a mis le pied dans l’innovation technologique. Les cépages résistants sont là et leur arrivée ouvre la voie à une période d’innovation variétale, un champ de recherche passionnant.

Etienne Goulet, directeur technique d’InterLoire et directeur régional de l’IFV Val de Loire-Centre, détaille l’arrivée des premières variétés résistantes, commercialisables en vin de France. En attendant, peut-être un reprofilage aromatique des appellations, sous la pression et la tentation de réduire l’emploi des phytos.

Quelle est votre définition d’un cépage résistant ?

E. G. : Il existe sur terre des variétés de vignes sauvages naturellement résistantes au mildiou et à l’oïdium. Mais elles ne produisent pas de vins de qualité comme les vitis vinifera cultivées ici. Depuis un demi-siècle, la recherche s’emploie à vouloir les croiser.

Au bout de 50 ans, où en est la recherche ?

E. G. : Des variétés résistantes françaises sont déjà inscrites et classées depuis le début de l’année 2018 et disponibles en matériel standard pour le moment, avant l’arrivée du matériel de catégorie certifiée. La recherche française a fait le choix de diffuser ces vignes aux résistances durables avec deux gènes de résistance au mildiou et deux à l’oïdium. Il s’agit du Vidoc, Artaban, Voltis et Floreal, quatre vignes polygéniques, deux rouges, deux blanches, d’ores et déjà utilisables et diffusées pour l’instant au compte-goutte, la demande est forte.

D’ici 2025, nous devrions disposer d’une trentaine de variétés résistantes inscrites et classées issues des programmes Inra (Resdur 1, 2 et 3) et IFV (Génovigne).

Il existe, venues de l’étranger, des variétés également inscrites et classées depuis l’année dernière mais les connaissances actuelles laissent penser qu’elles seraient monogéniques, c’est-à-dire avec un seul gène de résistance. Il est probable que les deux champignons pathogènes puissent contourner cette résistance plus facilement que les résistances des variétés polygéniques.

Leurs qualités organoleptiques ont-elles déjà été évaluées ?

E. G. : L’étude agronomique se termine pour les premiers cépages résistants et nous passons à la phase de valorisation vinicole.

  1. dégustations entre professionnels se déroulent depuis plusieurs mois. Floreal, un cépage blanc présent sur le vignoble d’expérimentation de Montreuil-Bellay, est vinifié depuis plusieurs campagnes. Des quatre cépages à la résistance polygénique, Floreal riche en thiols et en terpènes est de loin le plus aromatique. Son profil penche plutôt du côté des sauvignons. Notre protocole de travail vise à le comparer pur ou assemblé avec le melon de bourgogne (muscadet), le chenin et le sauvignon à des dosages variant de 5 %, 15 %, 30 %, 50 %. On va pouvoir le positionner avec ces trois secs et déterminer à partir de quel niveau d’intégration, Floreal commencera à marquer la typicité des autres. On émet l’hypothèse que l’empreinte imprégnera un peu moins le sauvignon. Reste à la valider par la dégustation.

Comment imaginer l’intégration de cette nouvelle famille de cépages dans l’organisation actuelle des vins d’origine protégée ?

E. G. : Des vignerons pionniers, qui ont disposé de plants, cultivent déjà des vignes « résistantes » et vendent leurs produits en « vin de France ». Pour les intégrer dans les AOP, un premier levier réglementaire européen doit sauter : l’obligation de planter des vitis vinifera. Elles n’entrent pas dans cette catégorie. Ensuite les discussions entre l’Inao et les professionnels pourront leur ouvrir les portes des cahiers des charges.

Phylloxera, BDA, esca, botrytis… quand les vignerons auront-ils accès à des plants résistants à tous ces fléaux ?

E. G. : La recherche a commencé par le plus facile, le mildiou et l’oïdium, dont on a réussi à caractériser les gènes de résistance. Les autres, dont l’identification dépendante de facteurs multiples, ne le sont pas encore. La génomique va nous servir à caractériser d’autres gènes, y compris ceux qui nous permettront d’adapter la vigne aux changements climatiques. Si on a la chance d’identifier des gènes de résistance à d’autres maladies, on pourra alors procéder de la même façon (croisement avec une variété possédant ces gènes de résistance).

InterLoire a décidé en parallèle de conduire un programme spécifique aux vins de la région. Quel en est le contenu ?

E. G. : Oui, de nouveaux programmes régionaux de création variétale ont été décidés et une convention tripartite Inra-IFV-InterLoire est en cours de signature. L’interprofession s’est engagée à partir de nos cépages blancs emblématiques, le chenin, le melon et le sauvignon.. Ils ont été croisés cette année avec des géniteurs résistants issus des programmes INRA et IFV. On peut espérer un classement dans 15 ans, soit le laps de temps pour tester celles qui arrivent issues des programmes précédents, de voir comment elles se comportent et de leur trouver une place dans notre gamme de vin.

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