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Aurélie Fortin : quand l’anoxie vient au secours du patrimoine

La nature a horreur du vide. Et même dans le moindre morceau de bois ou de tissu, des insectes peuvent élire domicile, non sans faire de dégâts. Pour protéger des objets de valeur - sentimentale ou patrimoniale -, Aurélie Fortin s’est spécialisée dans leur traitement par anoxie.

Aurélie Fortin a décidé de se spécialiser dans le traitement des objets, pour les débarrasser de leurs hôtes indésirables, sans produit chimique. A La-Croix-en-Touraine, elle a créé en 2008 son entreprise spécialisée notamment dans le traitement par anoxie : 3PA (Protection préservation patrimoine anoxie). Son mari Laurent l’a rejointe cette année. L’entomologiste, formée à l’Irbi (Institut de recherche sur la biologie de l’insecte) de Tours, fait ainsi partie des cinq entreprises en France exerçant cette activité. Il s’agit en fait d’éradiquer les insectes en les privant d’oxygène. Un procédé utilisé depuis environ trente ans, dans l’industrie agroalimentaire à la base. « Le Musée du quai Branly a été l’un des premiers établissements à le pratiquer en France », précise Aurélie Fortin. Il existe deux méthodes. L’anoxie statique consiste à enfermer les objets de petit volume dans une bulle de plastique hermétique, dans laquelle on place des sachets d’oxyde de fer qui rouille et emprisonne l’oxygène. Avec l’autre méthode, l’anoxie dynamique, « on place les objets dans une structure dans laquelle de l’azote gazeux va être brassé, explique Aurélie Fortin. Nous avons fabriqué une “ boîte ” hermétique pouvant contenir 50 m3 d’objets. On envoie à l’intérieur de l’azote gazeux, qui va prendre la place de l’oxygène. L’enceinte doit rester fermée durant trois semaines. »

UN CONTRÔLE TRÈS RIGOUREUX

Les générateurs d’azote représentent l’investissement le plus important. Ce sont les mêmes que ceux utilisés pour conserver les pommes ou le vin. L’entrepreneure a débuté en achetant une première machine et en auto construisant une structure hermétique avec des panneaux sandwich. L’atmosphère intérieure doit être bien contrôlée : température, humidité relative, taux d’oxygène résiduel. « Si on fait un mauvais calcul, les insectes ne seront pas tués, et les objets peuvent même être détériorés par l’humidité, notamment les polychromies », souligne-t-elle. L’enceinte est remplie toutes les six semaines environ : le temps du remplissage, les trois semaines de traitement, puis le temps que les clients viennent récupérer leurs objets. L’entreprise accueille les objets des particuliers, mais travaille aussi avec les musées, les archives, les bibliothèques, etc. et les châteaux, dont elle assure le suivi pour certains d’entre eux : Azay-le-Rideau, Talcy, Saché, Candé… « On installe des pièges à phéromones ou lumineux pour suivre les populations des insectes nuisibles, et on intervient si besoin. On repère leur présence aussi aux vermoulures, aux insectes morts qu’on peut retrouver. » Il peut s’agir de mites détériorant le textile et les garnitures de fauteuils ; de vrillettes qui font des trous dans le bois, le papier, le carton ; de capricornes qui grignotent les charpentes ou les meubles ; de dermestes qui raffolent des plumes et des fourrures.

DES TRAITEMENTS PARFOIS RÉALISÉS IN SITU

En dernier recours, en l’absence de dorure ou de couleur, le traitement est réalisé par badigeon de gel ou liquide insecticide. « C’est parfois la seule solution, lorsque les éléments sont intégrés à un bâtiment par exemple », justif ie Aurélie Fortin. Mais pour les vêtements de haute couture par exemple, l’anoxie est la seule solution possible. C’est pourquoi l’entreprise compte aussi plusieurs grandes maisons de haute couture parmi ses clients fidèles. Les traitements ont parfois lieu in situ. « Cela peut être chez de particuliers, dans des musées. Dans ce cas, on emmène le matériel et on fabrique sur place nos bulles. On se retrouve seuls dans des lieux incroyables, parfois non ouverts au public, c’est une ambiance particulière ! », sourit la spécialiste. Aurélie Fortin a notamment traité les animaux naturalisés du Museum d’Orléans. « Cela a nécessité la fabrication d’une bulle de 28 mètres de long ! Avec l’installation de plusieurs générateurs d’azote, pour une immobilisation d’un mois, illustre-t-elle. Et il y a quelque temps, avec des collègues restaurateurs, on est allés traiter une église entière du côté de Clermont-Ferrand : boiseries murales, chaire, autel, bancs… » L’entreprise d’Aurélie Fortin a été labellisée « Maître-artisan » cette année par la chambre de métiers et de l’artisanat. La reconnaissance d’un savoir-faire et d’une activité faisant rayonner l’artisanat local

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