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Emballages fruits et légumes : une nouvelle réglementation difficilement applicable

Le décret publié le 12 octobre 2021 qui émane de la loi anti-gaspillage de janvier 2020 est entré en application ce 1er janvier. Il interdit les emballages plastiques pour les fruits et légumes frais. Mais modifier sa méthode de conditionnement peut s’avérer compliqué. Explications.

Relatif à l’interdiction des emballages plastiques pour le conditionnement des fruits et légumes frais, le décret du 12 octobre 2021 impacte profondément certains professionnels du secteur. Outre l’adaptabilité changeante en fonction des systèmes d’exploitation, Interfel* insiste sur la concurrence déloyale qui émane de cette nouvelle loi. De fait, elle interdit les emballages plastique à usage unique pour la commercialisation des fruits et légumes français, mais rien n’est mentionné quant à l’importation de produits agricoles emballés de manière similaire. Afin d’illustrer les conséquences qu’engendre ce nouveau texte de loi, Terre de Touraine a recueilli le témoignage de deux maraîchers plus ou moins concernés par cette nouvelle règlementation.

 

CERTAINS MARAÎCHERS PEU TOUCHÉS

Nicolas Tessier est maraîcher à Saint-Genouph, dans le lit de la Loire. Installé depuis les années 80, il a connu la commercialisation de sa production via l’intermédiaire de grossistes. Depuis une bonne dizaine d’années, il a changé sa stratégie de commercialisation. Il valorise désormais la totalité de sa production par deux biais : la vente à la ferme et la confection de paniers via un intermédiaire local.

 

La nouvelle règlementation qui interdit l’usage de plastique à usage unique pour la vente de fruits et légumes impacte peu Nicolas : « Cela fait plusieurs années maintenant que je travaille avec des emballages en papier résistants à l’humidité », indique le maraîcher. « Et de plus en plus de mes clients amènent leurs propres contenants, comme des sacs en tissu lavables et réutilisables. Ils jouent vraiment le jeu et j’estime aujourd’hui à 50 % le nombre de clients qui fonctionnent de la sorte. Précisons aussi que je n’ai pas la même clientèle que les grandes surfaces. Celle qui fait l’effort de se déplacer à ma ferme a déjà cette notion de diminution des emballages à l’esprit. »

 

Reste à régler la question des filets empaquetant les pommes de terre. « Sur la bonne douzaine de tonnes que je récolte chaque année, un tiers est commercialisé en filet. Comme me l’autorise cette nouvelle règlementation, je termine mes stocks de filet en plastique, et j’attends de voir ce que me proposent les fournisseurs à la place. Si rien n’est mis sur le marché des emballages ou si les coûts sont trop élevés, je les conditionnerai en cagette en bois. »

 

70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise sont réalisés grâce à la commercialisation des paniers. « Sur ce débouché, précise l’exploitant, je ne travaille qu’avec des caisses en plastique qui me sont restituées. Je n’ai donc pas à modifier mes pratiques actuelles. » Le nouveau décret s’avère donc peu impactant pour cette exploitation maraîchère, mais ce n’est pas le cas partout.

 

D’AUTRES FORTEMENT IMPACTÉS

Les établissements Delahaye produisent entre autres des concombres et des endives à Saint-Martin-le-Beau. Pour Angélique Delahaye, gérante, « certains légumes, comme les endives, peuvent difficilement être commercialisés sans plastique. D’autres en revanche ne nécessitent pas de tels emballages : recouvrir un concombre d’un film plastique jetable par exemple n’a aucun sens, précise la maraîchère, excepté lui faire traverser l’Europe en gardant sa fraîcheur. En revanche pour les endives, c’est très complexe de se passer de ce matériau. L’endive est un légume qui peut noircir rien qu’au toucher. Aujourd’hui, nous utilisons des emballages qui disposent d’une perméabilité sélective. Autrement dit, l’endive est bloquée à son stade de récolte. Une fois le sachet ouvert, le consommateur dispose de 24 heures pour la consommer. »

 

« Nous savons tous qu’un produit qui n’a pas bonne apparence dans un rayon de grande surface ne sera pas acheté par le consommateur final », ajoute la productrice, réaliste. La suppression à terme de ces emballages est une nécessité pour Angélique Delahaye, « mais pas à n’importe quel prix ! A ce jour, la seule alternative que nous ayons à notre disposition, c’est le carton. Or les prix de cette matière première explosent et nous ne pouvons pas répercuter cette hausse sur nos clients. Des tomates importées du Maroc sont déjà moins chères que des tomates françaises… »

 

La seconde problématique soulevée par ce nouveau décret concerne le matériel d’ensachage. « Nous avons investi dans une chaîne d’ensachage adaptée à l’usage du plastique, avec entre autres un scellement à chaud. Si demain nous devons changer de matière, que faisons-nous de ce matériel onéreux ? Et pour le remplacer par quoi ? » Autant de points qui, bien évidemment, inquiètent l’agricultrice et restent à l’heure actuelle sans réponse.

 

* Interprofession des fruits et légumes

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