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La luzerne fédère céréaliers et éleveurs auvergnats

Les synergies entre céréaliers et éleveurs sont possibles pour créer des partenariats gagnants-gagnants. La preuve par l’exemple.

Enrichir son assolement d’une plante pourvoyeuse de protéine présente des atouts. Un collectif porté par le GDA de Champeigne en est convaincu. Le 10 septembre, les membres de celui-ci ont été prendre inspiration auprès de l’AOP Saint-Nectaire et de la coopérative Limagrain qui travaillent de concert pour fournir du foin de luzerne local.

 

L’arrêt des quotas betteraviers est l’élément déclencheur du projet auvergnat. Il s’est soldé par la perte d’une culture rémunératrice chez les céréaliers de la plaine de Limagne, qui étaient de ce fait en quête d’un débouché à valeur ajoutée. Ils ont retenu la luzerne, considérant qu’elle présentait des atouts dans leur assolement : c’est une culture tolérante aux sécheresses estivales ; elle allonge la rotation et contribue par ce biais à gérer le salissement des parcelles tampons entre les maïs semences et maïs consommation… Du côté de l’AOP Saint-Nectaire toute proche, une étude avait mis en évidence des importations de 2000 tonnes de foin de luzerne. Ce fourrage venait très souvent d’autres régions, voire d’Espagne pour faire face aux déficits fourragers récurrents.

 

LIMAGRAIN ET L’AOP JOUENT LES INTERMÉDIAIRES

Pour structurer les échanges, les deux parties ont convenu d’une organisation. Il fallait notamment assurer une qualité protéique des foins. Un cahier des charges avec des prix définis et des règles de production a été élaboré. La mise en relation entre éleveurs et céréaliers se fait de manière indirecte via la coopérative et l’AOP.

 

Ainsi, en 2018 Limagrain et l’AOP ont contractualisé 1000 tonnes de foin de luzerne, soit la moitié des achats habituels, histoire de prendre une marge de sécurité. En début de campagne, l’AOP interroge les éleveurs sur leurs besoins de l’année à venir (tonnage et qualité, qu’elle communique à la coopérative ainsi que les modalités de livraison souhaitées). De son côté, cette dernière propose des contrats de trois ans à ses adhérents, avec des grilles de prix basées sur le taux de matière sèches et le taux protéique exprimé en MAT. « Le barème de prix a été établi pour prendre en compte le coût de production et les prix de marché de la luzerne », souligne Carine Pothier, responsable R&D chez Limagrain. Le foin de luzerne est stocké chez les céréaliers et fait l’objet d’indemnités de stockage. Des analyses (% MS et % MAT) sont réalisées sur chaque coupe pour déterminer la classe de qualité et donc son prix. Limagrain et l’AOP sont en relation permanente pour organiser le flux.

 

BIENTÔT UNE TRANSCRIPTION DÉPARTEMENTALE ?

Une telle présentation n’a pas laissé indifférente la délégation tourangelle. « Ce voyage va nous servir pour imaginer comment initier une telle démarche en Indre-et Loire », indique Franck Paineau, conseiller animateur de la chambre d’agriculture auprès du GDA de Champeigne. Pour Jean-Claude Malbrant et Laurent Fétiveau, céréaliers et membres du bureau du GDA, la réussite du démarrage du projet en Auvergne tient à plusieurs critères : la visibilité liée à la contractualisation sur trois ans entre les céréaliers et Limagrain ; la liberté pour les éleveurs de donner leurs besoins annuels en tonnage et MAT, qui peut varier selon les années et enfin, la valorisation du prix de lait lié à l’AOP. Ils soulignent aussi l’importance de l’animation entre la coopérative et l’AOP qui assurent le lien et la garantie des débouchés.

 

Ce voyage vient donc conforter l’idée que des synergies entre céréaliers et éleveurs sont possibles pour créer des partenariats gagnants-gagnants. L’organisation entre collectifs de céréaliers, d’éleveurs, et des filières utilisatrices et intéressées est à créer. Une réunion ouverte aux partenaires locaux (collectifs d’agriculteurs, filières économiques et de transformation, interprofession, AOP, conseil d’élevage…) s’est d’ailleurs déroulée le 1er octobre dans le sud du département. 

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