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Le couvert permanent au service de la fertilité

Produire du grain avec une couverture permanente du sol, c’est possible sous conditions. L’expérimentation progresse. Preuve par l’exemple en Bourgogne.

Décliner l’acronyme Magellan, c’est presque faire un tour du monde en écrivant « mobilisation des agriculteurs dans la gestion et l’évaluation de systèmes de cultures sous couvert de légumineuses pour la maîtrise des adventices et de l’azote ». Nom de code, GIEE. Décryptage lors de la dernière visioconférence d’Agroveille, la dénomination choisie par l’équipe agro de la chambre d’agriculture pour sa traditionnelle journée technique d’automne.

 

Vendredi dernier, une soixantaine d’adhérents de GDA et de techniciens étaient connectés pour découvrir la stratégie des agriculteurs-acteurs du GIEE Magellan (Nièvre). Aux manettes, Michael Geloen, ingénieur développement Terres Inovia en Bourgogne-Franche- Comté, qui a déroulé une expérimentation de terrain visant à mettre au point un concept de semis direct sous couvert permanent.

 

Toute la difficulté tient dans ce dernier mot, la permanence d’un couvert qui ne laisserait jamais le sol nu. Dans le catalogue potentiel des couverts permanents, le GIEE Magellan a pioché dans la famille des légumineuses. La suite coule de source, implantation, intégration dans les rotations, régulation et adaptation de la nutrition des plantes. D’une demi-douzaine en 2015, les agriculteurs embarqués par Magellan sont désormais une quarantaine dont un bio. Autant de volontés individuelles décidées à rechercher de nouveaux modes de production en accomplissant une triple performance : économique, environnementale et sociale.

 

LES CONDUITES CLASSIQUES DANS L’IMPASSE

Tous font un constat identique, signe que leur système bien rodé ne fonctionne plus : des rendements qui plafonnent, des besoins croissants en mécanisation, des impasses techniques en désherbage nées de la simplification des rotations. Pour d’autres, la motivation réside dans l’autonomie protéique des troupeaux ou la reconquête de la qualité des eaux. Leur objectif commun : « retrouver de la rentabilité par l’agronomie en agissant sur les quatre composantes aboutissant à la marge directe. »

• Première composante, les rendements : les améliorer en associant des cultures choisies pour leur adaptation aux conditions pédoclimatiques ;

• Seconde composante, le prix : l’accroître par la récolte de cultures à valeur ajoutée et des débouchés spécifiques ;

• Troisième composante, les charges opérationnelles : les réduire en accroissant la fertilité par des pratiques entretenant un sol vivant, mais limitant aussi la consommation de carburant et le parc de matériel au semis direct dans le cadre de chantiers rationalisés ;

• Quatrième composante, le sol : à la base de tout, il nourrit le sol de carbone et d’azote prélevés dans l’atmosphère. Le cocktail vertueux ? Terre, eau, plantes, lumière, biomasse ; de la matière organique en permanence fabriquée, dégradée. Une matière organique nommée plantes en cultures, couverts, mais aussi fumier, paille, compost.

 

Comparé à un couvert annuel, l’intérêt économique direct émerge en quelques clics de calculette. Implanté avec le colza, un couvert permanent coutera entre 16 et 23 €/ha/an sur trois ans mais il faudra débourser entre 65 et 85 €/ha/an pour le renouvellement d’un couvert annuel.

 

LA PREUVE PAR LE TÉLESCOPIQUE

Agronomiquement, la preuve est au bout de la fourche du télescopique. Les grosses mottes extraites montrent que lotier, luzerne, trèfles ont bien installé des racines qui n’ont de cesse d’explorer le sol, ouvrant la voie à l’eau, aux autres racines, aux lombrics.

 

Physiquement, la portance est améliorée et en plein cagnard estival la surface du sol affiche 15°C de moins qu’un sol nu. « La couverture permanente tamponne les variations et maintient un milieu favorable à l’activité biologique », relève Michael Geloen. De tous les couverts, c’est la luzerne qui résiste le mieux au régime sec, suivie du lotier et des trèfles violet et blanc.

 

Autant qu’il le pourra, l’agriculteur recherchera un couvert dense et homogène pour limiter les adventices. « Dans cet objectif, la stimulation des ramifications des légumineuses pérennes par broyage, fauchage ou pâturage est conseillée. Elle accroît leur compétitivité vis-à-vis des autres espèces », poursuit le conseiller, en insistant sur le lien direct entre la couverture du sol et le nombre d’adventices.

 

Au-delà de 50 % de couverture, leur densité régresse de façon linéaire pour atteindre le zéro à partir de 85 % de couverture par une légumineuse pérenne. La grande question qui se pose à tous, c’est la réussite de l’implantation du couvert permanent adapté au contexte. L’expérience acquise dans la Nièvre permet de dégager cinq critères de choix : le type de sol (pH, hydromorphie), la concurrence avec les cultures et les adventices (étalement, racines, vitesse de pousse), la tolérance aux herbicides et le potentiel fourrager valorisable en intercultures. Le cinquième point concerne les parcelles drainées, certaines légumineuses comme le lotier ou la luzerne étant susceptibles de boucher les drains.

 

Pour Michael Geloen, ces critères ne sont pas gravés dans le marbre et sont susceptibles d’évoluer en fonction du parcours SDCVP. « En phase de transition, les exigences se porteront vers un couvert peu concurrentiel et peu sensible aux herbicides. Une fois l’implantation réussie et les adventices contenues, le choix ira vers un couvert offrant une plus grande biomasse pour une exportation interculture. »

 

UN COUVERT APRÈS L’AUTRE

L’association des couverts maximise les bénéfices. Exemple d’une association trèfle blanc + lotier avec un semis de colza. Le lotier prenant le relais en N+2. Une certitude, les associations avec des légumineuses pérennes sont plus adaptées avec les cultures d’hiver. Outre la qualité du semis (roulage systématique) et la vitesse d’implantation, la réussite de l’opération réside paradoxalement dans la régulation d’un couvert qui doit vivre en synergie avec la culture de vente. Une luzerne non régulée peut prélever jusqu’à 10 q de blé par rapport au témoin. Deux leviers de régulation sont actionnables : la concurrence par la culture de vente (densité de semis, fertilisation à dose pleine, choix variétal) et sa régulation chimique raisonnée. La régulation doit être enclenchée dès qu’un couvert dépasse 10/15 cm de haut.

 

Mais, prévient l’intervenant, la mise en oeuvre de ces systèmes prometteurs basés sur les fondamentaux (diversité de l’assolement) ne peut réussir sans passion et seul. Les éleveurs trouveront dans la couverture permanente des sols une bonne complémentarité. Si des itinéraires types sont dégagés, c’est à chacun de façonner une série de recettes modulables. Le GIEE Magellan poursuit ses recherches dans deux directions, la mise au point de nouveaux outils de gestion de la nutrition et la nécessité de travailler l’après glyphosate

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