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Le virus grippe les filières en cascade

La résilience des filières agricoles conçues pour approvisionner les marchés de masse et d’exportation est mise à mal par le confinement planétaire.

C’est Ursula Von der Leyen qui le dit : « Le secteur de l’alimentation est l’un de ceux où nous ne laisserons passer aucune perturbation ». La présidente de la Commission européenne rappelle que, dès le début de la crise, la Commission a pris des mesures pour que les denrées alimentaires puissent circuler en Europe et pour que les travailleurs saisonniers puissent se déplacer au sein de l’UE, pour assurer les récoltes. Il reste que les messages alarmants s’accumulent dans les filières.

 

Cette semaine, la FNO a épinglé la grande distribution. La fédération nationale ovine s’insurge contre les pratiques frauduleuses de la grande distribution, alors que le confinement perturbe la commercialisation des agneaux élevés pour les fêtes de Pâques. Selon le syndicat, certaines enseignes profitent des moyens mis en œuvre pour valoriser l’agneau français et proposer dans leurs rayons de l’agneau néo-zélandais vendu 2,5 fois moins cher. Pour la FNO, cette situation est d’autant plus inacceptable que la grande distribution avait proposé de les écouler dans les restaurants des établissements hospitaliers, des EHPAD, des personnels de la fonction publique. Ces dons bénéficiant de la défiscalisation prévue par les pouvoirs publics.

 

BIOCARBURANTS : ÇA DÉBORDE

Autre filière sur la corde raide, les pépiniéristes, les horticulteurs et les producteurs de plants. Si le commerce des semences et plants potagers considérés « comme achat de première nécessité » a été réautorisé, y compris dans les jardineries vendant des aliments pour animaux, le flou persiste pour les fleurs et les plantes ornementales. Alors que les grandes surfaces détenant un rayon jardinage vendent aussi les plantes ornementales, les horticulteurs indépendants ne savaient pas encore en début de semaine sur quel pied danser et attendaient une clarification du gouvernement.

 

Autre filière engorgée au propre comme au figuré, les biocarburants. Ethanol et biodiesel s’accumulent depuis la quasi-disparition du trafic routier partout dans le monde et notamment en Amérique. Les filières françaises qui cherchent de la cuverie craignent par-dessus tout l’ouverture des vannes outre-Atlantique une fois la reprise annoncée à prix bradés, alors que le pétrole brut est au plus bas. Les filières demandent à l’Union européenne la mise en place immédiate des mesures de sauvegarde efficaces face à ces importations d’éthanol.

 

APPELLATIONS VITICOLES : VERS UNE DISTILLATION SUBVENTIONNÉE ?

Dans un autre registre, celui des alcools de bouche, les régions européennes viticoles demandent elles aussi des mesures d’urgence. La viticulture, déjà impactée par la baisse de consommation du vin en Chine et par la hausse des taxes sur les vins européens aux USA, subit, comme les autres filières agricoles, les effets de la crise sanitaire.

 

L’Assemblée des régions européennes viticoles (Arev) propose que les droits de plantation censés être caducs en 2020 soient prolongés en 2021 « sans pénalités ». Les vins d’appellations, affectés par la baisse de la demande, pourraient avoir accès à la distillation subventionnée, selon l’Arev. Autre proposition : prolonger, sur le budget de cet exercice, le délai de paiement du Fonds européen de garantie agricole (FEAGA) 2020 pour la restructuration des vignobles au-delà du 15 octobre 2020. Il faut également faciliter la circulation des travailleurs en leur accordant des « laisser passer », tout en prenant « des mesures permettant la pleine protection » de ce travail saisonnier. Enfin, l’Arev demande que l’aide à la promotion du vin soit renforcée.

 

RISQUES LOGISTIQUES EN AVICULTURE

Touchée à cœur par l’arrêt de la restauration hors foyer et parfois des exportations, les filières avicoles industrielles accumulent les pertes. Tous les éleveurs sont sur le pont depuis le 16 mars pour assurer l’approvisionnement des Français en poulet, dinde, canard, lapin, œufs, etc. Mais le secteur doit faire face à des contraintes logistiques. Les chaînes d’approvisionnement, du couvoir aux équipes de ramassage, sont perturbées. Les ramasseurs doivent pouvoir intervenir dans les meilleures conditions de travail possibles pour respecter les gestes barrières.

 

« Les allongements de vide sanitaire, les arrêts d’activité, les abattages anticipés, voire des destructions de cheptel ont déjà commencé et vont conduire à des baisses de production », craint la Confédération française de l’aviculture. La CFA demande un soutien à l’abattage anticipé et l’ouverture à l’aviculture des aides européennes au stockage privé. « C’est une crise sans précédent, il faut pouvoir enclencher des outils qui ne l’ont jamais été », conclut Jean-Michel Schaeffer, son président.

 

STOCKAGES DE RETRAIT : L’UE INTERPELLÉE

Chahuté aussi, le marché du lait. Très tôt, les responsables à tous les échelons ont appelé les éleveurs à modérer la production (lire encadré). Une demande filière fédérée et amplifiée par la FNSEA et JA. Les deux syndicats interpellent l’UE pour qu’elle engage une action spécifique de stockage privé ou de régulation des volumes. Ils rappellent qu’en cette période de crise sanitaire, le règlement des organisations communes de marché permet d’activer plusieurs mécanismes en cas de déséquilibres graves de marché. Les pertes économiques risquent d’être majeures pour certains secteurs, il est donc impératif d’activer dès maintenant les filets de sécurité permettant d’atténuer le manque à gagner pour les agriculteurs.

 

« L’Union européenne accepte de suspendre la règle des 3 % de déficit budgétaire du Pacte de stabilité, nous ne comprendrions donc pas que la Commission européenne ne propose pas des moyens exceptionnels pour des secteurs stratégiques comme le sont l’agriculture et l’agroalimentaire », soulignent les syndicats. FNSEA et JA réclament aussi une attention particulière de l’UE sur les contingents d’importation de certains produits, comme l’aloyau de bœuf du Mercosur, l’agneau de Nouvelle-Zélande ou le sucre du Brésil, pour qu’ils ne viennent pas alourdir des secteurs déjà fragilisés.  

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