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Art roman
Les fresques, ces œuvres qui traversent le temps

Les fresques transmettent des messages spirituels ou profanes peints par des artistes médiévaux inspirés par l’Antiquité. Quel est le secret de ces œuvres quasi-millénaires qui se fondent dans l’architecture en faisant humblement corps avec elle ?

A Fresco ! Tel un mortier de chaux frais délicatement étendu tôt le matin par un maçon juché sur son pontate (1), comme un lever de rideau avant le spectacle de l’artiste. Car alors que la bonne odeur de la pâte de chaux se répand, le fresquiste apprête ses recettes. Lentement il tourne ses pigments, oxydes métalliques, ocres rouge ou  jaune, terres vertes et brunes. La détrempe à l’œuf est une émulsion de couleurs au blanc d’œuf pour peindre rapidement sur un support humide. S’il opte pour des pigments au petit lait, le peintre dessinera à fresco une peinture mate et épaisse. Mais il peut choisir de mêler les couleurs de base à un mélange d’huile et de résine et ainsi superposer les couleurs « à chaud » pour obtenir des effets raffinés. A fresco, il n’aura que peu de temps avant que le mortier n’absorbe dans son épaisseur la couleur. Les fresquistes travaillaient a giornate (2) patiemment de petites surfaces. Le mortier frais précéde à chaque fois le dessin de couleur.

Les fresques trouvent leur place au cœur des édifices, sur les surfaces dégagées par l’architecture alliant la sacralité du lieu à l’exemplarité des images. Entre Antiquité et Moyen-âge, le pape Grégoire Le Grand (540-604) a vu dans les peintures murales, un moyen d’enseigner aux illettrés. Il n’avait en fait que remis au goût du jour une tradition romaine. Epousant le symbolisme architectural,  la peinture « exalte Dieu et élève les hommes ». Les peintres romans s’ils sont inspirés par la spiritualité chrétienne puisent leurs racines artistiques dans les arts antiques, gallo-romains et byzantins, mais aussi plus récents. Du Xème au XIVème siècle, le style islamique largement vulgarisé fertilise à son tour la créativité des artistes occidentaux.

Lumière et mouvements

« Les fresquistes traduisent visions et émotions à même le mur » relate Jean-Jacques Jolinon. Pour ce fresquiste contemporain, les peintres médiévaux se confrontent à des sujets religieux ou profanes, « peignant sans repentir, des images éclatantes ». A St Savin dans la Vienne, les 460 m² de fresques de l’église abbatiale peints sur voûte et aux cœurs par différents artistes au XIème siècle, ont traversé les siècles tout comme celles de Tavant. La petite église bouchardaise, en bord de Vienne, offre au regard comme à St Savin dans le cadre intime d’une crypte des scènes bibliques, des nobles et troubadours, mais aussi de simples moines paysans. Les personnages flottent au-dessus du sol, comme suspendus à leur vision mystique. Pour Jean-Jacques Jolinon la fresque s’exprime sobrement avec une étroite palette de couleurs « en totale cohérence avec l’architecture du lieu grâce à la grande ordonnatrice qu’est la chaux ».  Elle uniformise et inspire lumière et mouvement, visages aux traits simples et stylés, étonnamment contemporains, ventres en amende, souplesse des tissus, mouvements des étoffes, rendu des gestes des artisans. La fresque évoque une vision médiévale de la vie terrestre et de l’au-delà. Une bande dessinée fer de lance d’une religion qui bataille sans relâche contre la superstition et l’obscurantisme. « Ce qui importe, ce n’est pas que Dieu ait pu faire cela, écrit le Chartrain Guillaume de Conches, mais d’examiner cela, de l’expliquer rationnellement, d’en montrer le but et l’utilité. Sans doute Dieu peut d’un tronc d’arbre faire un veau, comme disent les rustauds mais l’a-t-il jamais fait ? »

  • : échafaudage
  • : au cours d’une journée
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