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Promotion de l'emploi agricole : des employeurs et salariés en phase

L’Anefa Centre-Val de Loire, qui promeut l’emploi agricole, a renouvelé son bureau. Originaires de Touraine, Benoît Thuillier en est devenu président et Sébastien Prouteau secrétaire général. Représentants des employeurs et salariés regardent dans la même direction.

L’Anefa (Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture) Centre-Val de Loire a renouvelé son bureau le 29 octobre. Benoît Thuillier, salarié viticole de Neuillé-le-Lierre, en a pris la présidence. C’est ainsi un représentant des salariés qui est à la tête de cet organe paritaire pour trois ans. Sébastien Prouteau, agriculteur à Maillé, est devenu secrétaire général, en tant que représentant des employeurs. Les deux responsables livrent leurs réflexions et ambitions pour l’emploi agricole.

 

Quel parcours vous a amené à endosser une responsabilité en lien avec l’emploi agricole ?

Benoît Thuillier : Issu du milieu agricole, je suis salarié viticole depuis 1990, après avoir été salarié en élevage, arboriculture et maraîchage. Dans les années 90, j’ai été vice-président de l’Asavpa (1). Je suis engagé dans la CFDT depuis 1999-2000, pour négocier la complémentaire santé régionale des salariés, et les salaires polyculture, arboriculture et horticulture. J’ai assuré différents fonctions au Fafsea, à la CPRE, à l’Ocapiat régional, à l’Anefa CVL, à la MSA (2)…

Sébastien Prouteau : Président de la FNSEA 37 et vice-président de l’échelon régional, je fais partie de la commission nationale emploi de la FNSEA. C’est par ce biais que je suis arrivé à l’Anefa CVL. Je représente aussi la FNSEA CVL au sein de l’Ocapiat.

 

Pourquoi vous être investi dans l’Anefa ?

B.T. : Car c’est un organe de décision paritaire important, le maillon d’une chaîne entre élus, chambre d’agriculture, Ocapiat, Pôle emploi, FNSEA… Sa bourse à l’emploi fonctionne très bien. L’Anefa est un moyen pour identifier les besoins en formation, en emploi. Il y a 30 000 emplois à pourvoir en agriculture en France ! Donc c’est un enjeu de taille, et j’ai toujours aimé aider les autres, notamment aider les salariés à s’épanouir dans leur vie professionnelle.

S.P. : C’est une continuité car, à la commission emploi régionale, on a axé notre travail sur la promotion des métiers, mission première de l’Anefa. La FNSEA CVL abonde d’ailleurs financièrement dans plusieurs projets de l’Anefa. On a un turn-over important de salariés agricoles. D’ici 10 ans, presque la moitié devront être renouvelés. Il faut donc agir, au moyen des outils existants, comme l’Anefa, et sa bourse à l’emploi très efficace car ciblée sur les professionnels agricoles.

 

Quelle est votre vision de l’emploi et de la formation agricoles ?

B.T. : L’emploi agricole a une image qui est loin de la réalité. On doit expliquer qu’être salarié agricole, ce n’est plus ce que c’était avant. Aujourd’hui il faut se former, il y a de l’électronique et de l’informatique partout. Et il faut assurer le renouvellement des salariés. Les salariés seniors doivent pouvoir transmettre leur expérience aux nouveaux. Sachant que les jeunes salariés seront peut-être les futurs installés de demain. Du côté de la formation, on a créé les CQP (3) il y a plusieurs années en région, en viticulture, polyculture élevage et maraîchage. Ça permet de former des personnes qui ne sont pas issues de ce milieu. Il faut 3 ans d’expérience par exemple pour devenir un bon salarié viticole, donc il faut former d’urgence.

S.P. : Les métiers agricoles sont dévalorisés. Nous devons absolument les mettre en avant ; trouver de la main d’oeuvre et la former grâce à l’Ocapiat. Par ailleurs, on constate que les employeurs ne savent pas pour certains comment embaucher, ni valoriser leurs salariés. Ça ne s’improvise pas ! Cette situation doit évoluer si on veut changer l’image du secteur.

 

Forts de ce constat, quels missions et projets allez-vous mener au sein de l’Anefa CVL ?

B.T. : On va continuer à travailler en commun avec Pôle emploi, les chambres d’agriculture, la Direccte… pour rendre nos métiers agricoles attirants. On fait un des plus beaux métiers, même s’il est dur ! On doit faire comprendre aux employeurs que le salaire compte pour garder ses salariés, mais que les conditions de travail et relationnelles comptent aussi. Et tous les permanents devraient pouvoir aller en formation. Il faudrait donc communiquer mieux sur les possibilités qui existent. Tout comme il faudrait présenter nos métiers dans les classes de 3e par exemple.

S.P. : Tous les leviers doivent être activés, et vite, car les jeunes qui entrent maintenant dans un cursus agricole arriveront sur le marché du travail dans plusieurs années seulement. On a un gros travail d’accompagnement des employeurs à faire, car en effet le salaire est une chose mais les conditions d’accueil, d’échange, de reconnaissance, de responsabilisation sont tout aussi importantes. Dire quand tout va bien, aussi. Sur ce point, il y a urgence. Pour créer un vivier de salariés, il faut les attirer et les garder. Les employeurs doivent donc être sensibilisés, sous peine de laisser perdurer cette mauvaise image du salariat agricole. On va aller chercher des financements auprès des collectivités pour pouvoir mener des actions, et faire des salons, aller dans les collèges et lycées pour expliquer nos métiers.

 

Quel objectif vous tient particulièrement à coeur ?

B.T. : Mon cheval de bataille c’est la revalorisation des salariés. Ça passe pour un bon salaire, mais aussi par la reconnaissance au quotidien de la part de l’employeur, la possibilité de dialoguer, ou encore la prévention de la santé par exemple.

S.P. : J’ai la même vision. Je connais des jeunes qui se sont formés à un métier agricole et ont abandonné, déçus par leurs premières expériences chez des employeurs ne manifestant aucune considération, où ils ont juste manié la pelle et le râteau pour un salaire dérisoire. Il faut accompagner les employeurs dans leur rôle.

 

Un message à faire passer ?

B.T. : Dans le secteur agricole, on trouve des profils très différents. Tout le monde a sa chance, quelqu’un qui n’est pas bon à l’école peut être très compétent dans un emploi agricole s’il est intéressé. Il faut aller chercher des gens motivés par le monde agricole, par le fait de travailler dehors, et les former.

S.P. : Il y en a pour tous les goûts dans l’agriculture, le secteur est très vaste et nos métiers sont passionnants, que ce soit dans l’agricole pur ou le milieu para agricole. Un résultat d’exploitation découle du travail des employeurs mais aussi des salariés. Alors promouvons nos métiers, mais ensuite les employeurs doivent prendre leurs responsabilités pour fidéliser la main d’oeuvre, sinon ça ne servira à rien.

 

(1) Asavpa : Association des salariés de l’agriculture pour la vulgarisation du progrès agricole

(2) Fafsea : Fonds d’assurance formation des salariés d’entreprises agricoles et des activités annexes, remplacé en 2019 par l’Ocapiat CPRE : Commission paritaire régionale de l’emploi

Ocapiat : opérateur de compétences pour la branche agricole, remplaçant le Fafsea (financement apprentissage, construction certifications professionnelles, accompagnement entreprises pour leurs besoins en formation) MSA : Mutualité sociale agricole

(3) CQP : certifications de qualification professionnelle

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