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Quand le lait se développe dans le textile

  Le Centre national interprofessionnel d’économie laitière (CNIEL) et le Centre européen des textiles innovants (CETI) ont organisé, fin 2022, un court défilé de vêtements réalisés à partir de fibre de lait. Une innovation qui suscite déjà l’intérêt de grandes marques de luxe.

Chanel, Hermès, LVMH sont intéressés par les vêtements fabriqués à partir de la fibre de lait, d’après Pascal Denizart, directeur général du CETI, qui croit dur comme fer en l’avenir de cette innovation puisque le cuir, la soie et le coton ont de moins en moins la cote auprès des nouvelles générations. « En plus, la demande est déjà là », notamment auprès de ces jeunes qui sont très sensibles à la manière dont leurs vêtements sont fabriqués. Ils souhaitent que ce qu’ils portent soit écologique, naturel, fabriqué dans des conditions de travail éthiques et décentes, que le tissu durable soit aussi agréable à porter. « Au toucher, on croirait de la soie », affirme le couturier Mossi. La fibre de lait fabriquée à partir de la caséine (lire encadré) concentre donc de nombreux atouts. Des sous-vêtements et des vêtements de nuit l’utilisent déjà, mais jusqu’à présent aucun créateur n’avait osé s’en inspirer pour fabriquer des robes-chemises, des capes, des blouses et des jupes. Elle permet de ne pas jeter le lait périmé et surtout de produire des tissus biodégradables. « Il ne faut que 2 litres d’eau par kilo de matière, contre 10 000 litres pour fabriquer le même poids de coton », explique Pascal Denizart.        

Une usine en 2025 ?

Le directeur du CETI estime qu’aujourd’hui 7 000 tonnes de lait sont considérées impropres à la consommation. Au lieu de les jeter, il est possible d’en recycler la caséine. « Cela permet de valoriser les déchets, mais également de procurer un complément de revenu à l’agriculteur ». A hauteur de 20 centimes le litre collecté. Administrateur du CNIEL, Ghislain de Viron, producteur laitier dans la Sarthe, se dit « partant » pour donner son lait impropre à la consommation : « C’est toujours mieux que de payer 200 euros/tonne de pénalités sur le taux de cellules », sourit-il. En 2023, le CETI envisage de faire fonctionner une petite unité industrielle pour produire les modèles du créateur Mossi et espère passer à la vitesse supérieure en 2025 avec une production d’environ 1 000 tonnes de fibres par an, ce qui correspond au seuil de rentabilité économique. Cependant, une fois traitées, les 7 000 tonnes de lait ne produisent, en bout de chaîne que 160 tonnes de filament. « Il n’est pas question pour nous de prélever sur l’alimentaire pour faire tourner l’usine », prévient Pascal Denizart qui a trouvé la solution. Utiliser la même chaine de fabrication pour filer de la fibre de cellulose régénérée à partir de lin, de laine de mouton (elle aussi peu valorisée aujourd’hui), de kératine issue de poils et de plumes... Dans un cas comme dans l’autre, l’un des points clés de la réussite résidera dans la collecte de ces déchets valorisables, concède le directeur du CETI.

Médical et Automobile

Le coût de la fibre de lait reste toutefois assez élevé et les créateurs restent, pour l’instant, limités dans le choix des teintures. De même, estiment-ils que la matière est délicate et que de nombreux autres essais sont nécessaire pour faire passer ce vêtement innovant du stade expérimental à un stade plus industriel. Il n’en reste pas moins que la fibre de lait, résistante, recyclable et compostable, intéresse d’autres secteurs comme le médical et paramédical, car le tissu possède des propriétés hypoallergéniques, antibactériennes et antistatiques. Au Japon, la fibre de lait est couramment utilisée pour le linge de lit des hôpitaux. Les constructeurs automobiles et les fabricants de meubles pourraient également offrir d’autres opportunités intéressantes, comme c’est le cas pour le chanvre.

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