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Richelieu, genèse d’une cité « idéale »

A l’occasion des 400 ans de l’accession de Richelieu au cardinalat, la ville de Richelieu a multiplié les évènements en 2022. L’occasion de revenir sur l’histoire peu ordinaire de la cité.

Richelieu est une ville du Sud Touraine au destin remarquable. Le cardinal de Richelieu, dont la famille est historiquement propriétaire d’un château en terres richelaises, est à l’origine de sa construction. Alors devenu ministre du roi Louis XIII, il agrandit ce château et obtient, en 1631, l’autorisation du roi de construire une ville nouvelle. Une sorte de remerciement pour les services apportés à l’Etat. Vitrine du pouvoir, la ville est conçue comme une « cité idéale ». « Avant la construction, les lieux étaient constitués de marécages, explique Marie-Pierre Terrien, historienne. Richelieu a fait venir l’eau potable dans la ville grâce à la source de Bisseuil, un luxe à l’époque. » Il fait appel pour cette mission à l’architecte Jacques Lemercier. Richelieu souhaitait une ville rappelant l’Antiquité, ce qui explique les grandes perspectives et un style très classique. On retrouve ces exigences dans l’architecture de l’église. « Elle présente un niveau dorique, sobre sur la partie du bas, et une partie ionique en haut. Elle est ornée d’un fronton gréco-romain et sa nef est inspirée du théâtre de Marcellus, monument antique de Rome », détaille l’historienne. Une symétrie omniprésente Les références à l’Antiquité et le style classique sont également visibles dans l’architecture du château familial, orné de deux cents statues antiques. Le monument a malheureusement été démantelé en 1805 par un marchand de biens qui en a utilisé les pierres. La symétrie dans la ville est très marquée, avec un tracé au cordeau, le long du Mâble. Son cœur forme un carré de 600 m sur 390 mètres, avec des rues à angle droit. L’ensemble est entouré d’un rempart, percé de plusieurs portes.

UNE SYMÉTRIE OMNIPRÉSENTE

Pour représenter les deux symboles du pouvoir, deux places sont placées de part et d’autre de la ville, sur le même axe : la place Cardinale (actuelle place du Marché) et la place Royale (actuelle place des Religieuses). « Cette dernière concentrait des activités plus intellectuelles, avec notamment le bâtiment de l’Académie qui enseignait en français pour les nobles, et non en latin », précise Marie-Pierre Terrien. Les deux places sont reliées par la Grande rue, composée de quatre îlots de sept imposants hôtels particuliers chacun. « Les terrains ont été donnés par Richelieu aux notables de son entourage. Ceux-ci devaient construire l’hôtel dans les deux ans, selon des règles précises pour préserver l’harmonie de la rue », narre l’historienne. Dans les rues secondaires, entourant la Grande rue, ont été construites des maisons pour les ouvriers, occupant les divers métiers indispensables à la cité.

FOIRES ET MARCHÉS :  UN ÉPICENTRE COMMERCIAL

La ville et l’agrandissement du château seront terminés en dix ans seulement, avec le concours de 2 000 ouvriers. Louis XIII paiera en partie les remparts, les pavés et les maisons. Mais Richelieu meurt en 1642. Les notables qu’il souhaitait installer ici ne viendront pas, n’y voyant plus d’intérêt. La population de la ville connaîtra une augmentation importante au XVIIIe, avec plus de 3 000 habitants, avant une décroissance. Richelieu avait créé des foires et des marchés pour attirer les gens dans sa ville. Les halles de plus de 40 mètres de long, avec leur charpente remarquable, en sont le témoin, place du Marché. L’important marché aux veaux mensuel, créé plus tard au XIXe siècle, n’a d’ailleurs disparu que vers 1980. Il se tenait alors sous un hangar métallique place du Marché aux veaux (devenue place Louis XIII). Au XIXe siècle, le secteur de Richelieu est principalement une terre d’élevage. La production de truffes y a aussi une place importante, tout comme la viticulture, stoppée net à l’arrivée du phylloxéra. On commerce notamment avec Loudun et Châtellerault. Jusque dans les années 80, Richelieu est une ville de marchés et de foires. Mais depuis les années 2000, son patrimoine - notamment le parc du château - est mis en valeur. Elle est aujourd’hui labellisée Station verte, mais aussi Petite cité de caractère depuis 2022. De quoi inciter les curieux à venir découvrir une histoire singulière.

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