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Château de Chenonceau
A la source du jardin européen

Chenonceau vient d’inaugurer un nouveau jardin, clos, contemporain et directement inspiré par les croquis de Russell Page, l’un des plus grands paysagistes contemporains.

Comme souvent, tout a commencé par des rencontres et une découverte. La famille Menier propriétaire du château de Chenonceau a retrouvé voici quelques années deux croquis de jardin dessinés à main levée par Russel Page. Ce paysagiste anglais mondialement connu avait esquissé un projet précis, resté dans les cartons. On y retrouve tout ce qui fait le style Page : l’eau, des allées rectilignes qui contrastent avec une végétation fleurie, « campagnarde » exubérante. Russel Page, mort en 1986, avait appris son art auprès de Gertrude Jekyll, célèbre paysagiste anglaise née au 19ème siècle, créatrice du « jardin de cottage ». Les mixed border de Jekyll -les platebandes à vivaces - se retrouveront dans toutes les créations de Russel Page comme le jardin de la villa de Sylvio Pelico en Italie. Page s’imprègne du romantisme de l’eau, il découvre en Espagne avec ravissement les jardins de l’Alhambra avec son art mauresque consommé de la géométrie. L’Egypte, Ceylan puis la France, le jeune Russel voyage beaucoup mais se pose en Normandie. Il vivra 17 ans en France. Travailleur acharné, il revisite l’art du jardin, se lie d’amitié avec André de Vilmorin et progressivement impose son style. Dominique Masson, conseillère jardin à la direction régionale des affaires culturelles, auteure d’un mémoire sur Russel Page, évoque l’impact visuel unique de ses jardins, débordant de luxuriance végétale. « Une beauté naissant de l’équilibre et de l’harmonie imprégné du génie des lieux. »

L’œuvre de Page est à la source du jardin européen.

Paysagiste étasunien, directeur botanique des jardins de Chenonceau, Nicholas Tomlan a cherché et réussi à reproduire cette synthèse des grands courants du paysagisme. Dans un clos de Chenonceau, il a créé une œuvre inspirée de Russel Page. Un jardin pour se poser après la visite, se resourcer dans une ambiance végétale tricolore revue au goût du jour ; rose, violet, blanc sur fond d’allée pavée de briques de Toscane. Un jardin en pente douce sur deux niveaux, rectangulaire sans être austère, avec un disque d’eau posé tel un miroir reflétant le ciel et quelques moutons statufiés dont la seule présence intrigue mais réjouit les enfants. Ce nouveau jardin de Chenonceau, première création du domaine depuis le 19ème siècle, offre tout un univers de plantes judicieusement choisies, adaptées au climat et au lieu ; au total plus de 1300 plantes qui vont au fil des saisons prendre leur essor, 80 variétés de vivaces dont 60 rosiers. Des plantes fournies par un couple d’horticulteurs anglais connu pour cultiver la flore "russellienne" des années 1950. Un lieu pour donner à tous les jardiniers dans l’âme l’occasion de méditer cette pensée de Page : « L’apprentissage de l’art des jardins ne peut pas être, pour qui que ce soit, académique ou théorique. Il faut apprendre les plantes, la pierre, l’eau et le sol, autant avec les mains qu’avec la tête » Russel Page a écrit à leur intention une livre, « l’éducation du jardinier ». Mais l’édition française étant épuisée, il reste à lire « the education of a gardner » dans la langue de Shakespeare.

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