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Marchés des grains : le blé tire son épingle du jeu

Le cours d’une matière première ressemble à l’anneau central de ses pieuvres de sandows utilisées pour les galeries de voiture. Tiraillé à hue et à dia, il se place toujours à l’équilibre des forces contraires. Actuellement, le prix du blé reste haussier, affleurant 200 €/t (récolte 2019, rendu port, majo. incluses). La campagne céréalière s’achève en Europe avec des silos presque vides, les opérateurs vivant dans l’attente de la prochaine récolte. Son profil est au diapason de son aînée à 186 €/t (sur septembre 2020, rendu port), soit 200 € en ajoutant les majorations futures.

 

Depuis plusieurs semaines, alors que la demande intérieure va bon train, le syphon de l’exportation accélère sous l’aspiration du grand large. Après des soucis logistiques ferroviaires et portuaires réglés, les cargos chargent de plus belle. Mi-avril, l’Hexagone devrait exporter 13,2 millions de tonnes de blé tendre pour la campagne 2019/2020 selon l’extrapolation mensuelle de FranceAgriMer. C’est 4 % de plus que les prévisions de mars et presque 37 % au-delà du bilan physique établi fin juin 2019. Les bateaux quittant Rouen, la Pallice, Sète ou Marseille mettent pour moitié le cap vers l’Algérie, l’Afrique subsaharienne, le Maroc et la Chine. L’Empire du milieu accroît ses achats en France. 2020 devrait battre un record avec 1,4 Mt de blé déchargées à Ningbo.

 

SALE TEMPS POUR L’ORGE BRASSICOLE

La dynamique haussière est aussi dopée par la sécheresse en Europe du nord et la fermeture des ports russes à l’exportation, face aux incertitudes sur le niveau de la prochaine récolte mer Noire. Alors que la demande intra-européenne s’est tassée (- 335 000 t en mars), la parité euro-dollar (1 € = 1,0850 $) porte le blé français à l’étranger à un tarif attractif pour les acheteurs africains, délaissant de fait les origines plus lointaines. Les producteurs de blé pourraient tirer quelques bénéfices de la hausse de consommation de pâtes par les ménages partout dans le monde. Le dernier bilan FranceAgriMer fait état d’une hausse spectaculaire des exportations de semoulerie de 40 000 à 260 000 t.

 

Les orges de mouture, dont le prix faisait jeu égal l’an dernier avec le blé tendre, ont retrouvé leur place classique, à 20 €/t. Les mauvaises conditions de semis à l’automne ont conduit les agriculteurs à augmenter la sole de printemps, à commencer par l’orge qui de fait à cette saison ne vise plus le moulin mais la malterie. Les opérateurs s’attendent à une campagne commerciale difficile pour l’orge de brasserie, avec beaucoup d’offre et une baisse brutale de la consommation de bière, conséquence de la fermeture des bars. La blague en vogue « pour deux Corona, tu as une Mort Subite ! » ne fait pas rire du tout chez les brasseurs. Le président d’Intercéréales, Jean-François Loiseau, évalue leur chute d’activité à 80 %. Cette fois, FranceAgriMer a revu ses prévisions nettement à la baisse, soustrayant 45 000 t au débouché malterie initialement prévu et 35 000 t au flux d’exportation. Les espoirs sont désormais portés par la reprise chinoise, tant pour la bière que pour l’alimentation du bétail. Mais la bouffée d’air attendue ne suffira pas à alléger les stocks de fin de campagne.

 

LE MAÏS FAIT GRISE MINE

Autre produit phare du marché mondial des céréales, le maïs. La couronne du roi de la Corn Belt est plutôt terne en ce moment avec la fonte de sa rente, l’éthanol. Dans ce contexte, l’augmentation des surfaces semées en Europe n’augure pas une remontée des cours. Le largage des stocks d’éthanol américains lors de la reprise risque d’orienter la récolte 2020 vers le marché mondial de la mouture. Un sale coup pour les farmers, mais une aubaine pour les fabricants d’aliments du bétail et les éleveurs qui verront là un moyen de compenser la hausse des cours du blé.

 

La hausse des emblavements ce printemps concerne aussi le tournesol. Malgré les ravages des pigeons et des corvidés, la récolte de tournesol compensera partiellement les modestes volumes attendus en colza. Là encore, la crise sanitaire a entraîné une dégringolade de la consommation d’huile de friture accompagnant l’effondrement, comme en éthanol, des ventes de biodiesel (60 % du débouché colza). Un colza dont l’évolution des cours laisse les spécialistes sans voix, comme hypnotisés par le yoyo de la courbe : un cours Euronext au plus bas à 300 €/t qui bondit à 400 € pour revenir à 368 € en début de semaine, sous les effets contradictoires de l’€/$, de la baisse des surfaces, d’une qualité non OGM…

 

Pour la première fois de son histoire, le colza semble s’affranchir de l’attraction du soja (au plus bas) auquel il est toujours lié. « Sa déconnexion du soja est un signe “ d’autarcisation ” du colza européen, constate François Pignolet, directeur de COC. Si le colza était resté connecté au marché mondial, il serait à – 30 /t. »  

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