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Quand manger sain devient une obsession

Avec les remises en cause incessantes de la qualité des produits, de leurs valeurs nutritionnelles, de leurs modes de production, notre mode d’alimentation est chahuté, et certains tombent dans une obsession qui peut devenir pathologique.

Choix éthiques, culture, religion, âge, peurs… Tous ces déterminants interfèrent dans la façon de manger de chacun. Sans compter les moments clés de la vie, où s’affinent les choix alimentaires. Cela commence dans le ventre maternel, où le bébé est influencé et crée son registre alimentaire, qui sera un déterminant majeur de sa santé future.

 

Manger est lié au principe d’incorporation, traduisant le fait qu’introduire quelque chose d’étranger dans son corps ne peut pas être anodin. Comme l’explique Jean-Pierre Corbeau, sociologue, ce que l’on ingère agit en effet sur différentes de nos facettes :

- notre vitalité et notre santé. Un aliment peut nous donner de l’énergie, ou à l’extrême causer notre mort, par exemple ;

- notre paraître. L’alimentation est liée une image sociale, c’est pour cette raison qu’on va suivre un régime pour maigrir ;

- notre esprit. Chacun a sa vision de l’éthique et adapte sa façon de se nourrir en fonction. Aujourd’hui, les tendances végétariennes ou antispécistes en sont la parfaite illustration.

 

La conscience du lien entre la nourriture et tous ces aspects de l’humain a fait naître une obsession du manger sain. Celle-ci « est arrivée au moment où la France s’est urbanisée et où les consommateurs se sont coupés des acteurs de la filière du manger, contextualise le sociologue. Les consommateurs se sont trouvés face à une explosion de l’offre alimentaire, et l’acte culinaire s’est externalisé. Ceci a créé une défiance, les consommateurs doivent ainsi gérer cette liberté de choix sans avoir les connaissances, les compétences nécessaires. Et en plus, ceux qui ont les compétences ne sont pas d’accord entre eux ! ». Alors les mangeurs évaluent les produits en fonction de leur goût, de leurs bienfaits supposés sur la santé.

 

« Je vois des gens en consultation qui me disent : “ Il faut beaucoup d’eau pour produire de la viande alors je me pose des questions sur ma façon de me nourrir ”, rapporte le professeur Régis Hankard, médecin spécialiste en pédiatrie et nutrition au CHU de Tours. D’autres s’interrogent sur le bienêtre animal, le gaspillage lié à la surproduction… »

 

Le médecin rappelle qu’une mauvaise alimentation peut entraîner l’obésité, des risques cardiovasculaires, un excès de cholestérol, des cancers. Les maladies cardiovasculaires sont à l’origine de 18 millions de morts par an, et une de leurs principales causes est l’obésité. Alors oui, le lien entre alimentation et santé est primordial, mais certains tombent dans un extrême, « l’orthorexie » : ils mettent alors des heures à préparer un menu, à faire leurs courses, ils s’isolent dans cette nouvelle maladie. « Cette dérive peut engendrer un manque de diversité, une insuffisance pondérale, le repli et même la dépression », fait remarquer le professeur. Des cas rares, mais qui tendent à se développer.

 

Face à cette tendance actuelle, Jean-Pierre Corbeau prône de façon générale « le côté jubilatoire et hédonique du fait de prendre de la distance par rapport à ce que l’on mange. Manger est avant tout un acte social, une communication envers les autres, il faut se faire plaisir ! »

 

Comme dans tous les domaines, l’extrémisme est à bannir, le plaisir (raisonnable) est meilleur conseiller. Cultivons plutôt les joies des bonnes tables à partager avec les personnes chères, car la sociabilité alimentaire gomme bien des angoisses.

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