Aller au contenu principal

Vignes et vergers : un millésime cueilli au nid par le gel

Comme à chaque fois, il est encore un peu tôt cette fin de semaine pour avoir un bilan précis des dégâts de gel. Mardi, mercredi et jeudi matin, le froid a mordu parfois cruellement les vergers et les vignes de la Touraine.

L’ampleur des pertes subies par les vignes et les vergers cette semaine dépend du stade phénologique, de la température au sol, de l’humidité et du vent aussi. Selon le jour concerné, la gelée a pris à la fois la forme classique d’une gelée blanche de printemps avec inversion de température, mais aussi celle tant redoutée d’une gelée noire, c’est-à-dire une masse d’air froid épaisse désarmant les tours à vent, incapables de rabattre un air plus chaud vers le sol.

 

En verger comme en vignes, l’aspersion enclenchée à temps a rempli sa mission d’une protection totale des bourgeons. C’est le cas d’une partie des vergers ridellois et des vignes en rives droite de la Vienne des secteurs Panzoult-Cravant mais aussi des vignes de Savigny-en-Véron proches de la Loire. A St-Nicolas-de-Bourgueil, les vignerons ont aussi fortement développé l’aspersion des terrasses alluviales en couplant le pompage dans le lac de Chouzé, dans le Lanne et dans de nombreuses bassines remplies avec les sources coulant sous les vignes. L’appellation bourgueil, peu équipée anti-gel, semble relativement épargnée.

 

LES VERGERS SINISTRÉS COMME LES VIGNES

Ailleurs, la situation est très diverse. Eric Bonvin, arboriculteur de Lignières-de-T., constate de forts dégâts sur les vergers et les vignes ridellois, amplifiés mercredi par de fines pluies nocturnes précédant la chute des températures en fin de nuit.

 

Fait exceptionnel, la gelée a aussi affecté fortement les boutons floraux des vergers du nord-ouest de St-Aubin-le-Dépeint, de Chenu et de St-Christophe-sur-le-Nais, une zone habituellement peu touchée par les gelées et donc en conséquence peu protégée. « Moral dans les chaussettes, écrivait mercredi vers 4 h Sébastien Delareux, arboriculteur de St Aubin. Nous avons subi un gel noir avec une chute très rapide des températures de -2° à -5°C selon les parcelles aux stades bouton rose à fleur. La floraison s’annonçait très forte, il va falloir se battre pour conserver le peu de pommes restantes. » La section fruit de la FNSEA 37 va engager dès cette fin de semaine la procédure pour faire reconnaître la calamité d’aléa climatique.

 

L’appellation vouvray, elle aussi relativement moins atteinte globalement par les gelées de printemps ces dernières années, subit les affres du froid. Alain Le Capitaine a craint le pire en voyant la gelée noire poussée par le vent de galerne tant redouté des anciens. Dans un contexte économique difficile, le président de l’appellation reconnaît que le moral est bas avec cet assaut climatique. « Le froid de mars nous avait un peu rassuré en freinant le débourrement mais la semaine dernière la vigne ne s’est plus contenue, propulsant ses bourgeons sous des températures estivales de 25°C ».

 

LA GELÉE NOIRE ET L’HUMIDITÉ FIGENT L’EFFICACITÉ DES TOURS À VENT

Dans la vallée Chartier, Philippe Brisebarre indique des températures de -4,7 °C dès mardi avec un air sec, moins froides mais plus humides mercredi. Températures très basses aussi dans l’est de l’appellation. « C’est pas joli, déplore Vincent Carême. Mardi matin nous avions perdu 25 % mais le froid humide de mercredi a grillé le reste ».

 

Les vignerons ont mis en route tout ce dont ils disposaient, essentiellement des feux et quelques tours à vent. C’est le cas à Reugny où une nouvelle Cuma antigel a subi le baptême du feu cette semaine. « Une douzaine d’hectares en tout, protégés par de grosses éoliennes cernées à distance de feux, décrit Arnaud Hérivault. Mais malgré cela, dès 2 heures mercredi, une légère pluie a rapidement givré la végétation jusqu’au pied des tours et des brûlots. Les stades sont très divers mais je crains aussi pour le devenir des bourgeons encore dans le coton mais humidifiés ».

 

Le petit vignoble de noble joué régulièrement martyrisé par le gel - comme montlouis et azay-le-rideau - espère voir démarrer dans de bonnes conditions les contre bourgeons pour rattraper des dégâts. La température humide des sondes du réseau local est descendue à -4,5 °C vers 6 h et la sonde Climakiwi a chuté à -5,3 °C sur Esvres/I. Rémi Cosson, le président de l’appellation, estimait jeudi matin les dégâts entre 20 et 30 %.

 

A Montlouis/L. où les vignerons s’équipent progressivement de tours à vent, décision a été prise de ne pas faire décoller l’hélicoptère sur l’unique îlot restant après analyse des données nocturnes. « Une décision difficile à prendre mais en 2019 nous avions volé le 4 avril dans un contexte similaire. Or en l’absence d’inversion de température, l’hélicoptère ne fait pas remonter la température au sol, reconnaît Didier Avenet, l’un des artisans de ce mode de protection. Et puis nous ne sommes qu’au début de la période à risque, il nous faut garder des cartouches ».

 

LA TAILLE TARDIVE : UNE BONNE PRÉVENTION

A Bléré, Bruno Curassier déclare d’ores et déjà le millésime 2021 sinistré avec au bas mot une demi- récolte. De l’autre côté de la forêt d’Amboise, les deux rives de la Loire ont aussi reçu la gifle gélive à Limeray, Amboise, Mosnes et Chargé. « Peu de protection antigel sur le secteur », explique Brice Denais qui craint des destructions de bourgeons entre 70 et 80 % sur les vignes.

 

Le sauvignon du Loir-et-Cher, plus tardif, semblerait moins atteint que les gamays et chardonnays. Thierry Michaud, président de l’appellation touraine, constate malgré tout des parcelles entières de sauvignon réduites à néant après le gel humide de mercredi.

 

Dans les secteurs restés secs comme Noyers-sur-Cher, les tours ont joué leur rôle protecteur. Les appellations périphériques à la touraine, cheverny, cour-cheverny et valençay subissent elles aussi de gros dégâts. La température est descendue cette semaine à -7 °C à Romorantin. Partout les vignerons confirment l’intérêt de la taille tardive sur une partie du vignoble pour les gelées de début avril. « Mais c’est une solution individuelle liée à la main d’oeuvre mobilisable. Il est difficile de faire plus de surface en fin de saison au risque de se faire déborder », reconnaît le président d’Interloire qui, comme tous, craint le prochain scénario annoncé par les services météo : une pluie ce week-end suivie d’un refroidissement. Mais le pire n’est jamais sûr !

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 5,54€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terre de Touraine
Consultez le journal Terre de Touraine au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter du journal Terre de Touraine
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terre de Touraine.

Vous aimerez aussi

L’EARL Renard : une exploitation familiale qui sait s’adapter
Après un âge d’or du maraîchage à Saint-Pierre-des-Corps, il ne reste plus que deux exploitations, dont l’EARL Renard.
Un cycle des cultures raccourci dans les prochaines décennies
Quels sont les impacts du changement climatique sur le cycle des cultures céréalières ?
Mesurer la contrainte hydrique par infrarouge
Durant l’été 2022, la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire a testé à Vouvray la mesure du stress hydrique des vignes par infrarouge.
Choisir son outil de désherbage
Le marché des matériels agricoles a investi le domaine du désherbage mécanique.
Quelles conséquences du stress hydrique sur la vigne et le vin ?
La contrainte hydrique subie par la vigne entraîne différentes réactions d’adaptation de la part de la plante.
Le ministre veut s’inspirer des apprenants pour conclure un pacte agricole
  Réfléchir aux sujets à porter pour l’agriculture de demain, dans un contexte de dérèglements divers, voilà l’objet de la concertation lancée par le
Publicité