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Bio : un marché pluriel

Les surfaces en production et le marché bio progressent. Mais ce qui est vrai pour les productions issues des filières végétales l’est moins pour les filières animales.

Globalement, la production issue de la hausse rapide des surfaces en agriculture biologique (AB) trouve un marché dans un contexte où la consommation a doublé en cinq ans. Mais entre le marché des produits issus du végétal et ceux issus de l’élevage, il y a un décalage. Les seconds peinent à trouver preneur et une partie est vendue en conventionnel. Ce n’est pas le cas des autres filières.

 

Seulement 44 % des fruits achetés par le consommateur bio sont d’origine française. Le profil du consommateur bio, qui n’achèterait que des produits locaux et de saison, est un idéal mis en avant dans la communication. Mais en réalité, l’acheteur bio est lui aussi attiré par les produits du sud. L’Agence bio dans son bilan de juillet 2021 (https://urlz.fr/gGh3) souligne « l’engouement suscité par les produits bio tropicaux ».

 

En amont, en AB comme en conventionnel, le coût de production des fruits et légumes est bien supérieur en France comparé à celui des pays du sud de l’Europe et, plus encore, ceux de l’Afrique du Nord. Il y a donc structurellement des importations.

 

En légumes, en 2020 malgré la Covid, le pourcentage produit en France (78 %) est resté stable. Les chiffres le montrent la part des surfaces en bio dans le total des surfaces légumières françaises progresse peu (9,39 M ha équivalent aux 9,49 % moyens toutes productions). Pour 10 ha déjà certifiés, seulement 1 ha est en conversion en année 1, 2 ou 3.

 

C’est tout le contraire de la vigne où pour 10 ha déjà certifiés, on dénombre 7,20 ha en conversion. Cette très forte croissance du vin bio risque de banaliser l’offre à moyen terme. Pour se démarquer du bio standard, l’engouement pour la biodynamie, avec son cahier des charges ésotérique, va-t-il se confirmer ? S’y adonner uniquement pour des raisons mercantiles pourrait conduire à des retours de bâton de la part des consommateurs. L’anthroposophie et les écoles Steiner commencent à susciter des regards critiques dans la presse.

 

DES CÉRÉALES MAJORITAIREMENT IMPORTÉES

Globalement, les produits importés représentent un tiers des produits consommés. Les céréales importées, par exemple d’Ukraine, ne sont pas directement comptabilisées. Mais la lecture des chiffres est éclairante : la catégorie « épiceries et boissons non alcoolisées », qui représente en valeur 46 % des achats des ménages de produits bio en 2020, est importée à 61 %.

 

En 2020, seulement 5,86 % des grandes cultures sont en bio. Il faut tempérer le pourcentage plus faible de ce secteur : globalement, en conventionnel, la France a une vocation exportatrice. Ce n’est pas à ce jour l’ambition de la production bio. Mais il manque des céréales, des oléagineux dans la production bio française.

 

Cela explique la volonté d’augmenter le montant de l’aide à la conversion en cultures qui passera de 300 à 350 €/ha en 2023. Mais les contraintes technico- économiques du passage de conventionnel au bio sont fortes, au contraire de la vigne. Dans les deux grandes régions céréalières, Centre-Val de Loire et Hauts-de-France, la surface en bio est faible (cf. tableau 3). La flambée des cours 2021 et 2022 du conventionnel risque de constituer un frein.

 

PRODUCTIONS ANIMALES : UN MARCHÉ LIMITÉ

En productions animales, la demande ne suit pas la progression de l’offre. Le marché de l’oeuf était saturé début 2021 après une augmentation de 15 % des volumes en 2020. En lait de vache, les acteurs ont décidé d’arrêter les conversions et la coopérative Sodiaal est contrainte de payer 10 % du lait AB en conventionnel. La production plus saisonnalisée (lait de printemps lié à la pousse de l’herbe) représente un handicap intrinsèque au système. En porcs, le nombre de truies a progressé de 71 % entre 2016 et 2020. La filière a décidé de faire une pause sur les conversions. Le marché reste peu développé : environ 2 % des truies et 1 % des volumes consommés avec un déséquilibre et l’importation de jambon danois.

 

En viande de bœuf, une bonne partie des jeunes mâles (broutards) part à l’engraissement dans le circuit conventionnel. Les efforts de la filière et la promotion du bio à la cantine ont fait progresser les volumes achetés de 10 %. Malgré tout, la viande bovine bio, issue à 40 % du cheptel laitier, ne dépasse pas 3,5 % de la consommation française.

 

Pour se développer, l’offre doit s’adapter. Les attentes du consommateur bio occasionnel ou plus jeune ne sont pas les mêmes que celles du plus âgé, militant. En poulet par exemple, les filets sont désormais très prisés. L’industrie agroalimentaire du bio doit donc créer de nouveaux débouchés pour limiter la part de carcasse valorisée actuellement, faute de mieux, en conventionnel. Par ailleurs, le nouveau cahier des charges bio qui entrera en vigueur le 1er janvier, est source d’inquiétudes. Les producteurs craignent qu’une augmentation des coûts de production en découle. Tandis qu’en bovins allaitants, l’obligation de plein air des animaux à l’engraissement paraît ingérable.

 

POLYCULTURE-ÉLEVAGE, OUI MAIS

Autre sujet d’inquiétude : les prix des fertilisants organiques. Comme en conventionnel pour l’engrais minéral, ils grimpent en flèche. Le schéma polyculture-élevage avec le cycle du fumier et lisier et la valorisation des légumineuses fourragères est mis en avant par les promoteurs du système bio. Mais compte tenu du profil des acheteurs bio, plus sensibles à l’incitation à la réduction de consommation de viande, le marché potentiel est moindre par rapport à celui des produits végétaux. Le système vertueux polyculture-élevage en AB aura donc, dans le futur, une part plus faible.

 

La disponibilité de fertilisants organiques d’origine bio pour la production végétale va se réduire en proportion, et son coût va par conséquent augmenter. Cela risque de conduire à moyen terme à des tensions sur le revenu en production céréalière bio : moins de rendement et (ou) plus de charges et un prix de vente qui n’a pas vocation à progresser pour continuer à attirer le consommateur.

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