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Convention citoyenne pour le climat
La transformation de l’agriculture en ligne de mire

C’est le 21 juin que la Convention citoyenne pour le climat a rendu son rapport final. L’alimentation et l’agriculture y sont en première ligne. Un catalogue de bonnes intentions qui, en les analysant a minima, entendent transformer fortement l’agriculture française. Et la réduire à une part très congrue ?

La Convention citoyenne pour le climat (CCC) n’a pas pris beaucoup de gants pour exprimer ses demandes en matière d’agriculture et d’alimentation. Le collectif de citoyens se fixe pour objectif de « réduire de 20 %, d’ici à 2030 notre consommation de viande et de produits laitiers, tout en augmentant la part des fruits et légumes, des légumes secs et de céréales ». Les 150 personnes tirées au sort, les Conventionnels, proposent aussi de « passer à un choix végétarien quotidien dans les self-services à partir de 2022 et inciter la restauration collective à un menu unique à développer des menus végétariens », en oubliant que des restaurateurs collectifs appliquent déjà ce choix culinaire dans nombre de leurs self-services. L’objectif est d’ailleurs de « garantir une alimentation moins animale et plus végétale ».

 

AGROÉCOLOGIE

Poussant le bouchon écologique encore plus loin, la CCC entend « transformer l’agriculture française en réduisant ses émissions de Gaz à effets de serre (GES) et les pesticides », car le secteur agricole « représente 36 % des GES de la France ». Là encore les chiffres semblent sujets à caution puisque, selon le Service de la donnée et des études statistiques (SDES), l’agriculture ne « contribue » aux GES qu’à hauteur de 16,4 % ! Un taux qui descend à 10 % sur le plan européen. Qu’importe. Sur la foi de leurs chiffres, les Conventionnels proposent « l’objectif très ambitieux de 50 % de terres en agroécologie (…) en 2040 », parce que c’est « une pratique plus respectueuse de l’environnement ». Or ce concept d’agroécologie nécessite de solides connaissances agronomiques, et les revenus ne sont pas toujours au rendez-vous.

 

LA PAC COMME LEVIER

Le pendant de cette « agroécologie » est la diminution de « 50 % d’ici à 2025 » des produits phytosanitaires, d’interdire « dès maintenant » les produits CMR 1 et en 2035, « les pesticides les plus [dommageables] pour l’environnement », sans préciser lesquels… De même, la Convention propose d’interdire les « auxiliaires technologiques ou de production », ainsi que les graines génétiquement modifiées d’ici 2025. Le rapport semble très ténu avec la problématique climat même si le GIEC les considère comme utiles, dans la mesure où elles peuvent résister au stress hydrique, nécessiter moins d’intrants, etc. Pour « faire muter notre agriculture pour en faire une agriculture durable », les 150 Conventionnels entendent miser sur l’enseignement agricole et utiliser les aides de la PAC comme levier. n 1- Produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (liste disponible sur le site de l’INRS : http://www.inrs. fr/media.html?refINRS=outil66) 2- Colorants, etc.   


Comment un tel décalage est-il possible ?

 

ANALYSE/ Entre les propositions de la Convention en matière d’agriculture et les réalités techniques, climatiques, sociales et géopolitiques de demain, il y a un gouffre.

 

Comme l’indique l’AGPB, mais aussi des journalistes comme Yves Calvi, les propositions de la Convention sont déconnectées de la réalité du terrain agricole et « dépourvues de la moindre approche économique ». Mais, pour des raisons électoralistes, elles sont reprises par l’Elysée et le gouvernement. Il n’y a pas de vue d’ensemble, d’explications techniques. En quoi interdire une pratique (l’utilisation des phytosanitaires ou des engrais) aurait un impact positif sur le climat ?

 

La ligne directrice des leaders de la Convention est « interdisons », faisons de l’agroécologie ou du bio. Le GIEC, qui a une vision globale, explique que la réduction de la productivité va conduire à cultiver plus de surface et que ce n’est pas le bon choix. Il faut de l’intensification pour nourrir la population mondiale. Mais, dans cette convention - c’est vrai aussi pour le nucléaire -, tout ce qui est retenu comme positif dans la balance des avantages-inconvénients est exclu si cela ne correspond pas à la doxa des partis politiques écologistes.

 

Un exemple concret de cette contradiction porte sur la consommation de viande et produits laitiers que la Convention veut réduire tout en aidant au maintien des prairies. Mais à quoi serviront-elles s’il y a moins d’animaux ? Et, surtout, la Convention oublie le changement climatique qui transformera peut-être la Normandie en Andalousie.

 

Le clientélisme et l’influence directe ou indirecte du lobbying bio sont nets avec une proposition de restaurer l’aide au maintien bio, en plus de celle à la conversion. Mais pourquoi une telle aide si l’alimentation bio doit devenir le modèle dominant qu’acceptent de payer les consommateurs ? Un modèle économique équilibré, durable, pour le bio serait-il impossible ?

 

La Convention va jusqu’à proposer « des chèques alimentaires pour les plus démunis » mais « à utiliser dans les AMAP ou pour des produits bio » ! La Convention parle de rediversifier les cultures et d’ajouter des légumineuses dans la rotation pour se substituer aux engrais de synthèse, et réduire les pesticides. Plus de légumineuses, mais vers quel débouché si leur production est massive ?

 

Cette partie du rapport est une caricature dégoulinante de bonnes intentions sans vision d’ensemble. Et avec systématiquement des propositions de compensation financière mais sans dire dans quel budget on pioche. Serait-ce celui des aides découplées PAC ?

 

La Convention acte que l’interdiction de la consommation de viande, lait, produits sucrés serait trop attentatoire à la liberté des citoyens. Obliger le consommateur n’est pas possible. Elle propose donc la méthode de contraindre les agriculteurs à moins en produire. Mais dans une économie libérale, si seule la France ou quelques pays pratiquent ainsi, non seulement elle ne pourra plus exporter, mais en plus il y aura des importations à bas coûts. Les gouvernements, pour maintenir une alimentation peu chère et la paix sociale, l’accepteront.

 

NOMBRILISME

Enfin, on ne peut qu’être choqué par le nombrilisme de la Convention, autocentrée sur l’Hexagone. La Convention oublie au passage les trois repas par jour des 200 millions d’habitants d’Afrique du nord et de l’Egypte, un coin de planète parmi d’autres où les gens n’ont pas assez de terres arables pour s’autosuffire.

 

L’Algérie importe plus de 80 % de ses céréales dont les 2/3 viennent de France. Le projet « Se nourrir » ne peut se limiter aux 67 millions de Français. Mais il y avait sans doute peu de « gens du bled » dans la Convention pour rappeler cette réalité qui va s’amplifier avec le réchauffement climatique. Les orientations à venir ne doivent pas seulement freiner, réduire le réchauffement, mais aussi prévoir les adaptations, sa gestion. Et cela a été oublié.

 

Dans le temps qui leur était imparti, on peut comprendre même si on le regrette, que des citoyens non spécialistes manquent de recul, de regard critique. Mais ce qui est plus qu’inquiétant, c’est que le gouvernement reprenne sans ciller leurs propositions, sans les confronter à la réalité. La gestion du réchauffement exigera plus de profondeur de vue. Gérer la décroissance ce n’est pas la même chose que précipiter cette décroissance en la fléchant sur une seule activité, l’agriculture, qui ne représente que 2 % des électeurs.

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