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Le recul constant des épidémies

Les épidémies et les maladies infectieuses constituent le deuxième plus grand ennemi de l’humanité. Comme pour la famine (1), les faits montrent qu’il existe de nombreuses raisons d’espérer.

La pandémie actuelle ne peut occulter une constante historique : le génie humain parvient pied à pied à faire reculer les épidémies et les maladies infectieuses.

 

La plus mémorable de ces épidémies, la peste noire, se déclara au début des années 1330, quelque part en Asie (déjà !), quand la bactérie Yersinia pestis se propagea avec les puces portées par les rats. Et en moins de 20 ans, elle atteignit l’Europe de l’ouest (avec les transports aériens actuels, l’épidémie se propagerait en quelques semaines, comme la Covid-19). Entre 75 et 200 millions de gens trouvèrent la mort, soit plus du quart de la population eurasienne. En Angleterre, la population chuta de 3,7 à 2,2 millions à la suite du fléau ; Florence perdit la moitié de ses 100 000 habitants.

 

La peste noire ne fut pas un événement unique, ni même le pire de l’histoire. Des épidémies plus ravageuses frappèrent l’Amérique, l’Australie et les îles du Pacifique à la suite de l’arrivée des premiers Européens. A leur insu, explorateurs, missionnaires et colons étaient porteurs de maladies infectieuses, nouvelles pour les indigènes et contre lesquelles ces derniers n’étaient pas immunisés. Jusqu’à 90 % des populations locales devaient en mourir.

 

L’AMÉRIQUE ET L’OCÉANIE DÉCIMÉES

Le 5 mars 1520, une flottille espagnole quitta Cuba en direction du Mexique. Les navires transportaient 900 soldats ; l’un d’eux, Francisco de Eguia, était porteur du virus de la variole.

 

A cette date, le Mexique comptait 22 millions d’habitants, mais en décembre 1520, soit 8 mois plus tard, 14 millions seulement étaient encore en vie ! La variole ne fut que le premier acte. Des vagues mortelles de grippe, rougeole, vérole et d’autres maladies infectieuses frappèrent tour à tour le Mexique, à tel point qu’en 1580 sa population était tombée en dessous des 2 millions d’habitants (soit 90 % de mortalité en 60 ans).

 

Les épidémies continuèrent de tuer des dizaines de millions de personnes jusqu’au XXe siècle. Il y a juste 100 ans seulement, en janvier 1918, les soldats des tranchées du nord de la France commencèrent à mourir par milliers d’une souche de grippe particulièrement virulente, qu’on nomma, à tort, la « grippe espagnole » (elle provenait d’un camp militaire aux USA). Elle tua 48,8 millions de gens en moins d’un an (2). De 1914 à 1918, donc en 4 ans, la Première Guerre mondiale en avait tué (seulement !) 18,5 millions.

 

L’incidence et l’impact des épidémies ont spectaculairement diminué au cours des toutes dernières décennies. La mortalité infantile n’a jamais été aussi basse (moins de 5 % des enfants meurent avant d’avoir atteint l’âge adulte ; dans le monde développé, le taux est inférieur à 1 %). Ce miracle tient aux progrès sans précédent de la recherche et de la médecine au XXe siècle, qui nous ont apporté des vaccins, des antibiotiques (aujourd’hui contestés par certains), une meilleure hygiène et une infrastructure médicale bien structurée.

 

UNE NOUVELLE SOUCHE D’ANTIBIOTIQUES

En 2017, le vaccin contre la fièvre hémorragique Ebola efficace à 100 % est mis sur le marché (The Lancet fév. 2017). Autre bonne nouvelle, la venue d’un nouveau médicament, le fexinidazole, efficace à 91 % contre la maladie du sommeil, avec un comprimé pendant 10 jours seulement. Objectif de l’OMS : éliminer la maladie d’ici 2030 (déc. 2017).

 

Les meilleurs spécialistes de la vaccination viennent de tordre le cou aux idées fausses concernant les effets secondaires dus aux vaccins et ont réaffirmé leur efficacité (déc.2017). Chaque année, nous sommes alertés par le déclenchement d’une « nouvelle épidémie potentielle » : du Sras en 2002-2003 (environ 1 000 morts), de la grippe aviaire en 2005, puis porcine en 2009-2010, et d’Ebola en 2014 (11 000 morts).

 

Même la tragédie du sida - qui fut en apparence le plus grand échec médical des dernières décennies - peut être perçue comme un signe de progrès. Depuis sa première flambée, au début des années 1980, le sida a tué plus de 30 millions de personnes. Dix ans plus tard, des médicaments transformèrent le sida qui, de verdict de mort, devint un état chronique. Pensez simplement à ce qui se serait produit si l’épidémie du sida avait éclaté en 1581 plutôt qu’en 1981 !

 

Les esprits chagrins redoutent que ce ne soit là qu’une victoire temporaire et qu’une cousine inconnue de la peste ne nous guette au coin de la rue. Une telle éventualité n’est pas improbable, mais elle est moins certaine qu’auparavant, car les nouvelles maladies infectieuses semblent essentiellement résulter de mutations aléatoires dans le génome des agents pathogènes (donc imprévisibles), plutôt que d’une incapacité humaine à y faire face (la Covid-19 confirmera-t-il ce propos...optimiste ? Oui si je lis le livre de Didier Raoult publié en mars 2020).

 

L’antibiorésistance est le nouvel épouvantail. Pourtant, en 2015, des chercheurs ont découvert un type d’antibiotique entièrement nouveau, la teixobactine, actif sur les germes hautement résistants (lire Arrêtons d’avoir peur du Dr Didier Raoult, 2019). La biotechnologie nouvelle n’a pas dit son dernier mot avec notamment ses nanorobots, ses médicaments à ARN et autres innovations. Nous sommes mieux armés. Le progrès a toujours du sens, n’en déplaise aux colporteurs de peurs.

 

(1) Lire notre édition du 12 mars.

(2) Lire : La grande tueuse de Laura Spinney, 2018, éd. Albin Michel.

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